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10 juin 2021

AESH : La grève du 3 juin dans les médias

Les médias ont largement fait écho à cette journée de grève nationale.


- La Nouvelle République

- France Bleu

- Ouest France

- Le Progrès

- Le Télégramme

- France Bleu

- France TV Info

- France Bleu

- l’Est Républicain

- Ouest France

AESH
Pour accompagner les élèves en situation de handicap, « on est dans une logique d’économie »

Libération

Une journée de mobilisation intersyndicale nationale ce jeudi réclame une revalorisation des conditions de travail des AESH, ces petites mains de l’Education nationale qui accompagnent les élèves porteurs de handicap.

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon publié le 3 juin 2021 à 8h31

« Si rien n’a changé à la prochaine rentrée, j’entame une grève de la faim », prévient Farah. Cette mère solo, dont le fils Sean est scolarisé en CE2 dans le IIIe arrondissement de Lyon, ne sait plus quoi faire pour que les droits de son enfant soient respectés. Porteur d’un trouble du spectre autistique et diagnostiqué haut potentiel, le garçon de huit ans est accompagné depuis son entrée à l’école maternelle par une Accompagnante d’élève en situation de handicap (AESH, ex-AVS). C’est la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui établit, au fil de l’année, les « notifications d’aide » préconisant un nombre d’heures de présence de l’AESH, qui dépend de l’Education nationale, auprès de l’enfant, dans le primaire et le secondaire.

« Notifié » pour 14 heures hebdomadaires, cela fait pourtant huit mois que le fils de Farah doit se débrouiller seul en classe  : « Sean peut encore aller à l’école sans AESH, mais il est dans un état de grand stress », se désole sa mère. Retour de ses obsessions, ongles rongés au sang  : l’élève compense comme il peut. « Pour lui, c’est tellement d’efforts d’être un enfant comme les autres, il est comme sur un fil qu’on est en train de couper petit à petit et qui finira par casser », ajoute Farah. A Lyon, la pénurie d’AESH – un métier au temps partiel subi et à la paie minimaliste – s’est aggravée avec la crise sanitaire. Fin mars, 20% des 4 000 AESH du Rhône étaient absents et non-remplacés, selon le rectorat de Lyon.

Des petites mains qui « font tourner le monde »

Les arrêts maladie ou les retraits liés au Covid expliquent en partie ce chiffre. Mais il est avant tout imputable à une déficience chronique des recrutements, qui découle du manque de reconnaissance de la profession. « Cela fait partie de ces métiers du lien souvent dénigrés mais qui font tourner le monde », résume Gaëlle Pottiau, une mère qui a fondé dans la métropole de Lyon le Collectif des parents d’élèves pour les AESH. Ils participeront ce 3 juin à la journée de mobilisation intersyndicale nationale, réclamant une revalorisation des conditions de travail de ces petites mains de l’Education nationale – des femmes, pour l’écrasante majorité.

« Soit vous avez un conjoint qui a un bon salaire, soit vous avez des conditions de vie précaires. Pour compléter, certaines font aussi l’animation des temps périscolaires, on en voit s’épuiser de 8 heures à 18 h 30 pour gagner 1 000 euros. » — Camille, 40 ans, AESH

Déployés progressivement dans les académies depuis 2018 pour une généralisation à l’échelle nationale en 2022, les pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial) sont censés être une réponse à ce besoin de professionnalisation et de sécurisation du métier. A Lyon, la mise en place du Pial date de septembre : « On nous l’a vendu comme un moyen d’être plus réactif. Or, ça amplifie la pénurie d’AESH, il n’y a aucune notion du bien-être des enfants », considère un directeur d’école lyonnais. Les notifications de la MDPH arrivent toute l’année mais le nouveau protocole prévoit d’arrêter les recrutements d’AESH fin septembre. « Donc plus l’année avance, plus on re-répartit le même nombre d’heures entre un nombre d’élèves plus grand, et les derniers notifiés n’ont carrément plus d’heures du tout », explique le directeur qui, « sans aucun soutien de sa hiérarchie », ne sait « plus comment expliquer aux familles ces baisses » qui les mettent de fait en concurrence.

« L’impression d’abandonner les enfants »

Un enseignant abonde : « On ne peut plus éthiquement assumer ces décisions, c’est presque de la maltraitance. Le message officiel, c’est qu’avec l’école inclusive, on accompagne tous les élèves handicapés mais en vrai, on est juste dans une logique d’économie. » Des trois métiers qu’elle a exercés dans sa vie professionnelle, c’est « le plus dur », dit Camille (1), 40 ans. AESH depuis deux ans dans une école élémentaire de Lyon, elle évoque également une « situation très dégradée » à cause du lancement du Pial : « C’est terrible, on a vraiment l’impression d’abandonner les enfants, de ne pas assurer correctement notre mission. » Alors que les AESH étaient auparavant attachées à un établissement, souvent pour plusieurs années, le Pial vise également à accroître leur mobilité géographique et au sein des niveaux.

« Je n’ai pas envie de travailler en collège et en lycée, je ne me sens pas de prendre en charge ces publics », redoute Camille, qui n’a toujours pas reçu la formation de base, en théorie obligatoire au cours de la première année d’exercice. « J’ai des collègues qui n’ont jamais été formées en dix ans. Quand on se retrouve face aux élèves, on fait comme on le sent », souffle la quadra, qui gagne 830 euros par mois pour 26 heures hebdomadaires. « Soit vous avez un conjoint qui a un bon salaire, soit vous avez des conditions de vie précaires, constate-t-elle. Pour compléter, certaines font aussi l’animation des temps périscolaires, on en voit s’épuiser de 8 heures à 18 h 30 pour gagner 1 000 euros. » Et de pointer un « combat difficile » face à la « violence institutionnelle » : « On sent qu’on est quantité négligeable pour le rectorat, dit Camille. En fait, on est aussi peu aidés et accompagnés que les enfants en difficulté. »

(1) Le prénom a été modifié


AESH : derrière l’inclusivité, la précarité
Alternatives économiques

EVA MIGNOT01/06/2021

Alors qu’Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer promettent une école plus inclusive, les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) sont toujours aussi précarisés et malmenés.

Depuis six ans, Mallorie, 42 ans, est accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH). Chaque année, elle aide un jeune enfant scolarisé à suivre les cours en classe en s’adaptant à son ou à ses handicaps. Cette titulaire d’un bac +4 ne se destinait pourtant pas aux métiers de l’éducation et de l’enfance.

Cadreuse à la télévision marocaine, collaboratrice d’un photographe indépendant… Après ses études en arts du spectacle, elle avait enchaîné les emplois dans le secteur. Mais devenue mère de deux petites filles, elle avait laissé de côté, pour un temps, sa carrière professionnelle. Ce n’est qu’après son divorce qu’elle a été contrainte de chercher un travail compatible avec sa vie de famille.

« Sur le site de Pôle emploi, je suis tombée sur une offre d’AESH. Dans mon département, le recrutement se faisait à bac +3. Comme je suis fille d’enseignant et que je connaissais le milieu de l’école, je me suis dit"pourquoi pas ?" », raconte-t-elle.

L’urgence est là : depuis la loi du 11 février 2005, tous les élèves en situation de handicap doivent être scolarisés dans l’école la plus proche de leur domicile ou, si cela est impossible, dans des établissements adaptés. Depuis, le nombre de ces enfants accueillis à l’école a triplé, passant de 118 000 en 2006 à près de 361 500 en 2019. Une partie d’entre eux ont besoin d’un accompagnement quotidien.

Ainsi, après avoir candidaté en mai, Mallorie est aussitôt envoyée en école maternelle. Elle était attendue comme le messie : l’établissement n’avait pas d’AESH depuis la rentrée de septembre. C’est alors qu’elle fait ses premiers pas dans la profession. « L’enfant dont je m’occupais avait de gros problèmes de langage. Il a commencé à parler quand je suis arrivée. Nous avons progressé ensemble », se souvient-elle fièrement.

Parce que, si elle a aujourd’hui de l’expérience et a développé certaines compétences dans le métier, elle a démarré sans bagage, sans aide. La jeune quadragénaire a assisté à sa première heure de formation six mois après ses débuts d’AESH.

« On est un peu parachutés. Heureusement, j’ai pu travailler avec une enseignante qui m’a formée elle-même et m’a aidée à m’occuper de cet enfant. Et puis, j’ai essayé de faire preuve de bon sens en essayant de me mettre à la place de l’élève. Je lui ai beaucoup parlé, beaucoup lu d’histoires. C’est aussi pour cela que l’Education nationale recrute des mères, des femmes qui ont un peu de vécu », raconte Mallorie.

Une formation critiquée

Cet apprentissage sur le tas n’était pas un « oubli » de l’Education nationale. La formation de soixante heures due à ces personnels a presque systématiquement lieu plusieurs mois, voire plusieurs années, après leur prise de poste. Beaucoup critiquent par ailleurs la pertinence des cours proposés.

« On passe des heures et des heures à nous parler du fonctionnement du système scolaire alors que nous travaillons en son sein depuis plusieurs mois », raconte Manuel, 33 ans. « C’est de la diapositive. Il n’y a pas de mise en contact avec des professionnels, on ne nous propose pas d’outils et tout cela reste très théorique », abonde Aurélie C., AESH dans l’Académie de Bordeaux.

Pour ses débuts, Angèle*, AESH depuis la rentrée 2020, n’a pas eu la chance, comme Mallorie, de tomber sur des professeurs des écoles prêts à l’aiguiller. « Les premiers jours, j’avais l’impression de faire de la garderie. On me disait de m’occuper de l’enfant – assez difficile – pour ne pas gêner les autres. Je devais régulièrement aller dehors avec lui pour que l’enseignante puisse avancer avec le reste de la classe », raconte-t-elle.

Ces professionnels sont alors obligés de tâtonner, de s’informer par eux-mêmes, de contacter d’autres collègues. Elisabeth était éducatrice jeunes enfants avant de devenir AESH. Ses compétences et son expérience ont pu l’aider. Mais au moment de prendre en charge des élèves avec des troubles autistiques, elle a ressenti le besoin de se former. « La première année, c’est moi qui me suis payée le module », raconte-t-elle.

Pour la même thématique, Mallorie a aussi opté pour une formation, non payante, qu’elle a trouvée par ses propres moyens. « Je me forme en dehors de mon temps de travail. Je fais 24 heures en classe, mais en réalité on travaille beaucoup plus que cela », explique-t-elle.

Dyslexie, dyspraxie, troubles du langage, troubles du comportement, handicap moteur, autisme, trisomie 21… Devant la multiplicité des handicaps et la plus grande connaissance de chaque, les AESH ne veulent pas rester les bras croisés. « Notre métier doit tout le temps se réadapter. Nous avons besoin d’une formation continue, mais l’Education nationale ne nous l’offre pas », explique Manuel, AESH et représentant syndical à Sud Education. Parfois, ce sont même les parents de l’élève accompagné qui proposent de financer la formation spécialisée.

98 % des AESH sont à temps partiel

Un grand nombre de ces professionnels sont prêts à s’investir pour accompagner au mieux les enfants dont ils s’occupent alors même que leur situation est très précaire. Les AESH sont assurés d’obtenir un contrat à durée indéterminée (CDI) après avoir exercé six ans consécutifs.

Mais le statut ne fait pas tout. A ce jour, 98 % des professionnels sont à temps partiel. Le temps complet est l’exception dans une profession devant s’adapter aux horaires des élèves. Quand elle a commencé, Mallorie travaillait 20 heures par semaine et gagnait 600 euros par mois.

« Une fois le loyer payé, il ne reste plus grand-chose. Mes filles allaient manger dans le frigo de Mamie. On ne part pas en vacances et mes filles se sont inscrites au foot parce que c’était gratuit chez nous », explique Mallorie.

Aujourd’hui, à 24 heures, elle doit encore compter sur les allocations familiales et les aides au logement. Quatre heures par semaine, elle complète par un emploi en cantine. De quoi lui permettre de vivre avec 100 euros supplémentaires.

Une grande partie des AESH sont en effet obligés de cumuler les emplois pour s’en sortir. Mais là encore, difficile d’en trouver un compatible avec les horaires du métier et les impératifs familiaux.

Beaucoup se tournent vers le périscolaire. Cécile, par exemple, accueille les enfants dès 7 h 45 et attend que les parents viennent les chercher à 18 h-18 h 30. Entre-temps, elle dispose d’une petite pause de trois quarts d’heure pour manger. Salaire mensuel total : 1 110 euros nets.

Anne Falciola, AESH et représentante syndicale à la CGT Educ’action, fait quant à elle du soutien scolaire au sein de structures publiques.

« En une après-midi, je gagne autant qu’en trois jours d’AESH », estime-t-elle. « Mais ce deuxième boulot ne fonctionne qu’en période scolaire. Sinon, mes revenus sont complètement aléatoires. Je ne gagne jamais la même chose d’une année sur l’autre. On est obligé de chercher des contrats à durée déterminée (CDD) partout parce qu’on ne peut pas s’engager à long terme, avec des horaires qui peuvent changer à tout moment. »

Au-delà de la faiblesse de la rémunération et de la précarité du statut – les AESH ne sont pas fonctionnaires –, ces professionnels souffrent d’un manque de considération. De l’administration et du ministère certes, mais parfois aussi des principaux protagonistes de la salle de classe. Ils, mais surtout elles – 93 % des AESH sont des femmes –, ne sont pas avares en anecdotes sur ces directeurs d’école ou principaux d’établissement qui omettent de les présenter lors de la prérentrée, ou ces enseignants qui oublient, volontairement ou non, de leur prévoir une tasse de café sur le plateau destiné aux collègues… « Il y a une telle ingratitude dans certaines écoles. Parfois, on me dit à peine bonjour », témoigne Aurélie V.

D’autres expliquent que certains enseignants ne souhaitent pas les inclure dans les décisions pédagogiques, n’écoutent pas leurs propositions, voire même se révèlent agressifs avec eux en classe. Et qu’on leur confie parfois des missions qui ne relèvent pas de leur fonction : surveillance de la classe entière, remplissage de documents administratifs, tâches manuelles.

Le rejet des Pial

Pour ces personnels précaires, les Pial ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Mis en place à partir de 2019, ces « pôles inclusifs d’accompagnement localisés » sont amenés à se déployer et à se généraliser d’ici à 2022. De quoi bouleverser le métier, puisqu’un AESH ne sera désormais plus affecté à un élève mais rattaché à un Pial. Conséquence : il pourra être envoyé du jour au lendemain dans un nouvel établissement et s’occuper d’un autre enfant sur ordre du coordinateur.

« Concrètement, vous mettez en place quelque chose le lundi pour travailler avec un élève, et le mardi vous pouvez recevoir un message pour dire qu’on a besoin de vous ailleurs. On ne se préoccupe pas de l’enfant, on ne se préoccupe pas de vous. Tout se fait via un logiciel qui recense les besoins en accompagnement et les AESH disponibles et les répartit de façon quotidienne », détaille Anne Falciola.

Pour la représentante CGT Educ’Action, ces Pial sont une machine à broyer qui pourrait faire beaucoup de mal au vivier d’AESH. « Je reçois de plus en plus de messages me demandant comment faire pour démissionner, après trois changements d’établissement ou après avoir refusé de signer l’avenant au contrat indiquant le rattachement au Pial », poursuit-elle. Rien d’étonnant, donc, à ce que le recrutement soit « difficile », comme le reconnaît Jean-Michel Blanquer lui-même.

Entre 2008 et 2019, le nombre d’AESH a certes explosé et multiplié par 5,5, passant de 16 670 à 92 051. En février 2020, Emmanuel Macron avait fait de l’école inclusive une priorité et fait sien l’objectif de recruter 11 000 nouveaux AESH d’ici à la fin de son quinquennat, sans toutefois promettre une quelconque revalorisation salariale ou de nouveaux temps pleins. Mais compte tenu de la gronde, il n’est pas certain de remporter son pari.

« On est utilisé comme une variable d’ajustement politique : le ministère se vante de recruter plusieurs milliers d’AESH chaque année. Mais la réalité est bien différente de la vitrine », assure Manuel.

Pourtant, ces professionnels développent un vrai attachement à leur métier. « Chaque année, je me dis qu’il faut que je parte. Depuis que mes filles sont un peu plus grandes, j’envisage sérieusement une reconversion. C’est dommage, parce que mon métier me plaît. Avec les années, je pense être devenue compétente », estime Mallorie.

Cécile travaille dans une unité localisée pour l’inclusion scolaire (Ulis). Là-bas, les enfants présentant des pathologies assistent à des cours dans des classes ordinaires avec d’autres élèves mais ont quelques temps réservés à leur petit groupe. Bien qu’elle apprécie ce qu’elle construit avec eux, qu’elle aime les aider au quotidien, Cécile aimerait aller plus loin et travailler dans un institut médico-éducatif ou un centre pour enfants atteints de trisomie 21. « J’aimerais sortir du système scolaire, parce que mine de rien, nous sommes obligés de suivre un cadre, un programme scolaire et on n’a que peu de libertés. Moi, j’aimerais créer des projets avec eux », explique-t-elle.

Après avoir manifesté le 8 avril, les AESH seront en grève jeudi pour revendiquer des salaires décents, des formations professionnelles de qualité, des accompagnements sur la durée des enfants ou encore la création d’un statut de la fonction publique pour eux. Si la profession est encore invisibilisée et méconnue, elle peut compter sur les parents des enfants en situation de handicap qui connaissent un peu mieux leur quotidien et leurs conditions. « La maman de l’enfant dont je m’occupe m’a annoncé qu’elle le garderait à la maison si je souhaitais faire grève », assure en tout cas Mallorie.

* Les prénoms ont été modifiés.

 

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