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16 octobre 2020

Formation en constellations : sans les étoiles

Les nouvelles modalités de la formation continue sous forme de « constellations » ont bien du mal à laisser la main aux équipes et à répondre ainsi aux véritables enjeux de l’accompagnement des PE.

La mise en application sur le terrain détourne l’objectif initial de partir des besoins du terrain en imposant les contenus de formation sur les lubies pédagogiques de la rue de Grenelle.

La formation continue évolue avec la mise en place d’une nouvelle modalité appelée en « constellations ». Il s’agit d’une organisation, au sein de groupes réduits de six à huit enseignant•es, animée par un formateur ou une formatrice, et qui est sensée s’appuyer sur les pratiques réelles des enseignant•es.

Une démarche potentiellement pertinente…

Basé initialement sur un recueil et une prise en compte des demandes des personnels concernés, le nouveau schéma directeur de la formation continue de tous les personnels, dont les grandes lignes sont parues il y a maintenant un an au Bulletin Officiel (lien), aurait pu participer d’une amélioration significative de la formation continue qui jusqu’à maintenant peine à trouver crédit dans la profession. Le ministère parle même « d’un passage d’une logique de l’offre à une logique de la demande ». Le principe d’un travail entre pairs, reconnaissant une expertise professionnelle, devait également permettre un accompagnement au plus près des problématiques réelles du terrain. Certaines équipes d’école et de circonscription proposent ainsi des réflexions ancrées sur la pratique de classe, dans une démarche de co-construction.

... Mais

Le passage de « la logique de l’offre à la logique de la demande » semble quand même bien être resté dans les cartons puisque c’est à l’occasion du déploiement de son plan français ficelé du plus haut que le ministère inaugure ces nouvelles modalités de formation. Malheureusement, très rarement constitué sur la base du volontariat, avec peu voire aucun recensement des questions de métier élaborées par les enseignant•es, le dispositif se focalise sur un enseignement limité du français et passe à côté de l’occasion d’un engagement des personnels qui les aurait rendus acteurs et actrices de leur formation. D’autant plus qu’en cette rentrée particulière, les professeurs ont d’autres préoccupations liées aux difficultés des élèves et une hétérogénéité amplifiée lors du confinement.

De plus, l’obligation de co-observation imposée parfois, constitue une violence pour certain•es, met à mal le principe de formation, vécue alors comme un contrôle, et place les formateurs et formatrices en difficulté. Enfin aucun moyen n’a été débloqué pour faire face à la surcharge de travail des CPC et PEMF. .

Une formation continue déplacée sur les vacances

Ce renouveau de la formation continue interpelle. Feignant de prendre en compte des demandes issues du terrain, le ministère manie, comme souvent, la carotte et le bâton. Car cette mise en place est concomitante d’autres modifications structurelles importantes. Ainsi, pour pallier le manque de remplaçant•es dans les départements, le ministre se dirige vers la mise en place de temps de formation rémunérés sur les vacances. Cette augmentation du temps de travail, bien qu’en partie compensée financièrement, est une rupture avec le principe d’une formation continue sur temps de travail. Elle est inégalitaire, puisque certain•es ne pourront pas vraiment choisir d’y participer selon leur situation personnelle, et participe à une individualisation des carrières.

Au lieu d’investir la professionnalité des enseignant•es, comme celle des formateurs et formatrices, le ministère détourne une modification intéressante et met à mal les personnels sans répondre aux enjeux de l’école. Il faudrait pour cela reconnaître une expertise du terrain et s’appuyer sur les réalités de métier. La question de la formation continue est pourtant centrale pour lutter contre les inégalités scolaires et les déterminismes sociaux dans la réussite scolaire.



Plan Français : les constellations en questions

Le déploiement du nouveau cadre de formation continue des enseignant-es du primaire se poursuit à cette rentrée. La mise en place du « plan français » s’ajoute à celle du « plan math » initiée à la rentrée 2019. Le « plan français » est défini par des orientations et un cadre qui ont été annoncés par le courrier 2020-004 du 05 mars 2020, signé, pour le ministère, par le directeur général de l’enseignement scolaire, et adressé aux recteurs-trices et IA-DASEN.

Prétextant d’une nécessité de réformer les dispositifs de formation en mettant l’accent sur la formation par les pairs, ce sont les orientations du ministre qui structurent ce plan. Après les mathématiques, l’accent est mis ici sur le français, renforçant le poids des fondamentaux. Les évaluations nationales standardisées sont mises au cœur du dispositif. Les références théoriques et didactiques, citées en fin du guide, opèrent un tri partial dans les savoirs sur l’école. La mise sous tutelle hiérarchique des enseignant-es comme des formateurs-trices, est affirmée.

Ce plan français a des répercussions sur l’utilisation des 18 heures d’animations pédagogiques, interroge sur les modalités pratiques de mise en œuvre notamment sur le temps de vacances et sur les éventuelles incidences sur le droit à participer aux réunions d’information syndicale… Des questions émergent et nous remontent, nous y apportons de premières analyses. N’hésitez pas à informer les secteurs Administratif et Educatif des difficultés et questionnements.

L’IEN peut-il imposer à un-e collègue d’intégrer une constellation ?

Oui, sur la base de l’article L 912-1-2 du code de l’éducation, “la formation continue est obligatoire pour chaque enseignant” et sur celle du courrier de la Dgesco.

Avec ce plan, les constellations sont formées sous la responsabilité de l’IEN. Les enseignant-es sont donc désigné-es autoritairement. Le projet impose « d’offrir à tous les professeurs des écoles 5 jours de formation en mathématiques et 5 jours en français, tous les 6 ans ».

Néanmoins, comme dans tous domaines, des capacités de négociation doivent pouvoir permettre de prendre en compte des situations particulières.

Le SNUipp-FSU porte auprès du IA-DASEN et des IEN, le fait qu’une formation imposée a bien moins de chance d’être productive qu’une formation choisie, et que l’appel à volontaires peut créer une dynamique plus favorable.

Les collègues peuvent-ils refuser la visite du-de la CPC ?

Non, d’une part ces visites sont incluses dans le schéma de formation et d’autre part l’article 23 du Décret n°90-680 du 1 août 1990 relatif au statut particulier des PE institue : “Tout professeur des écoles bénéficie d’un accompagnement continu dans son parcours professionnel. Individuel ou collectif, cet accompagnement répond à une demande des personnels ou à une initiative de l’administration”.

Par contre, le guide “plan français” rappelle quasiment à toutes les pages que le CPC-référent est un “pair”. Il indique : “le CPC-référent français n’évalue pas le travail réalisé”, plus loin “Lorsque le CPC-référent français est en classe avec un professeur, il se positionne en « pair-expert », testant avec le professeur qui fait classe ... ; il peut co-intervenir, ou prendre en charge la leçon pour permettre à l’enseignant de la classe d’observer”. De plus, si des rapports d’étape du dispositif sont à la charge du-de la CPC référent-e, il n’y a aucune trace de rapports de visite. Il y a lieu d’interpeller les IEN et l’IA-DASEN à l’aide de la proposition de courrier en annexe.

Lors de cette formation l’administration peut-elle imposer une méthode pédagogique ?

Même si le guide “plan français” ne cache pas ses intentions de mise en place d’un prêt à instruire, la liberté pédagogique des enseignant-es reste pleine et entière.

Concernant la définition des objets de travail : Le guide énonce que « Le choix du thème de travail est déterminé par décision collégiale des professeurs et s’appuie sur les besoins (des élèves, des professeurs, de l’institution) et des attentes. » Par ailleurs, le « Guide pour le Plan français » insiste sur le rôle d’acteurs-trices des enseignant-es concerné-es, en indiquant notamment «  il [le Plan français] rend les professeurs pleinement acteurs de leur formation en les associant à la définition des thématiques et des modalités de travail. Il reconnaît ainsi leur professionnalité, promeut leur réflexion collégiale et les responsabilise dans la dynamique de formation », ou encore « Le professeur, de son côté, est totalement acteur de sa formation, au cours de laquelle il construit avec ses collègues une expérience, des réflexions et des gestes professionnels à partager… ». Les collègues d’une constellation peuvent s’appuyer sur cette dimension pour définir collectivement leurs objets de travail.

Concernant les méthodes imposées : le guide précise « Si des apports théoriques peuvent aider, ils ne sont pas dispensés a priori mais convoqués en réponse à des besoins », ce qui permet de situer ces « apports » comme des ressources, et non des obligations.

Quelles conséquences pour les collègues à temps partiel ?

Si le volume de formation est de 5 jours (30h), la quotité de travail à temps partiel s’applique sur l’ensemble des items des obligations réglementaires de service. Il appartiendra donc aux IEN de définir les modalités de formation dans le respect du temps de travail de chaque enseignant-e.

En effet, la circulaire 2014-116 stipule que le calcul du service annuel de cent-huit heures est effectué au prorata de la quotité de temps partiel et que les différentes activités sont proratisées à due proportion.

Exemple : il n’est pas possible d’imposer 18h d’animation pédagogique à un-e collègue qui en doit 9 parce qu’il-elle travaille à ½ temps.

La formation peut-elle se dérouler sur le temps de vacances ?

Si cette option apparaît dans le courrier de la DGESCO, au regard des textes, elle est inenvisageable pour l’année scolaire 2020-2021. En effet, le décret 2019-935 qui traite de la formation continue durant les vacances scolaires impose que la programmation de celle-ci soit présentée pour avis en CTA et annoncée au personnel en “début d’année scolaire”.

Peut-on récupérer le temps de RIS sur les animations pédagogiques labellisées “Plan Français” ?

Oui, la circulaire n° 2014-120 du 16-9-2014 reste en vigueur : “Dans le cadre de la réorganisation des obligations réglementaires de service des enseignants du premier degré, si les RIS ont vocation à s’imputer sur l’enveloppe des 108 heures consacrées par les enseignants à des activités autres que d’enseignement, il convient de concilier le souci d’assurer la continuité de la prise en charge des élèves avec le droit à l’information syndicale en veillant à préserver le temps consacré aux activités pédagogiques complémentaires (APC).

Ainsi, aucune restriction n’est apportée par cette circulaire quant aux modalités de récupération des heures de RIS. Par conséquent, si les constellations sont prises sur le volume de 18h d’animations pédagogiques, alors les heures de RIS peuvent bien évidemment être déduites sur ce temps.

Même si l’administration tente d’imposer la concomitance entre les RIS et les animations pédagogiques, la circulaire en vigueur ne l’impose en rien. Celle-ci indique que “les RIS ont vocation à s’imputer sur l’enveloppe des 108 heures”. Sur la base de la définition du verbe “imputer” : “porter une somme comme déduction à faire sur quelque chose“, il s’agit bien de compenser la participation à une RIS en la déduisant d’un temps d’animation pédagogique par exemple, même ne se déroulant pas concomitamment. De plus, la circulaire 2014-120 impose que les RIS : “doivent être regroupées dans le cadre d’une ou plusieurs circonscriptions d’un même département.” Ce qui est antinomique d’une exigence de concomitance.

 

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