SNUipp-FSU 93 Seine Saint Denis
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Animations pédagogiques :
mise au pas de la rue de Grenelle
Et encore de nouvelles circulaires...


vendredi, 13 avril 2018
/ SNUipp93
Dans un courrier adressé aux recteurs, la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) a donné ses priorités pour le contenu des animations pédagogiques de la prochaine année scolaire. Le choix est simple français et mathématiques ou français et mathématiques.

Le week-end du 1er avril, le courrier de la DGESCO circulait sur les réseaux sociaux et certains ont d’abord cru à un poisson. La ficelle paraissait grosse et pourtant... Le ministère donne bien consigne au recteur d’organiser les 18 heures de temps d’animations pédagogiques à la rentrée 2018 sur deux seuls objets répartis équitablement : « enseignement et apprentissage de la lecture et de l’écriture » et « enseignement et apprentissage des mathématiques ». Un plan de formation permettant d’assurer selon ce courrier « l’acquisition des savoirs fondamentaux par les élèves », centré sur « le lire, écrire, compter et respecter autrui ».

La rue de Grenelle affiche donc ses ambitions pour l’école primaire, une ambition au petit pied qui consiste une fois de plus à sortir de vieilles recettes censées répondre aux difficultés bien actuelles de l’école.

Retour en 2008 ?
Les actions au cycle 2 en français seront essentiellement centrées sur la lecture avec une distinction faite entre le CP « qui doit former des lecteurs autonomes dès la fin de cette première année » et les deux autres années du cycle. Un guide de référence spécifique au CP « fournira un état de la recherche et formulera des recommandations pour une pratique quotidienne ». Bref un guide des bonnes pratiques et une formation qui prévoit de renvoyer le travail sur la « compréhension explicite et implicite de textes » aux CE1 et CE2. Des temps de formation qui devront également prévoir pour ces deux dernières années, « un enseignement explicite de la grammaire et du vocabulaire ». Pour un peu on pourrait y voir le retour des programmes de … 2008.

Animations communes
Du côté de la maternelle, le programme est plus flou. Il devra quoi qu’il en soit s’appuyer sur la réflexion entamée lors des assises des 27 et 28 mars dernier qui avaient pour ambition de « tracer les perspectives de l’école maternelle de demain pour en faire une véritable école de l’épanouissement et de l’acquisition du langage » et ce « au plus près des besoins des jeunes enfants ». Une prise en compte dont on peut douter quand, dans le même courrier, le ministère juge utile de « convier les enseignants de maternelle aux temps de formation destinés aux enseignants de CP ».

Faut-il rappeler la distinction entre formation continue et animations pédagogiques ? Ces dernières sont une occasion pour les équipes d’école et de circonscription de définir des contenus de formation en fonction des besoins identifiés. Il ne sera plus possible pour les formateurs les plus en lien avec le terrain d’y répondre.
« Une école de la confiance », avait dit le ministre, où « on libère les énergies ». Or, par-delà les discours, les actes penchent plutôt aujourd’hui pour le retour d’une école de l’injonction.

Lire la note ministérielle du 26 mars 2018 en cliquant ici.


Et encore de nouvelles circulaires...

La circulaire qui fera pshitt ?!
Trois notes de service devraient être publiées prochainement au B.O, l’une sur l’enseignement de la grammaire et du vocabulaire, l’autre sur la lecture et enfin une troisième sur l’enseignement du calcul. Trois notes qui, fait exceptionnel, devraient être signées du ministre lui-même et ont pour ambition d’affirmer « l’enjeu majeur », s’il fallait le rappeler, que représentent « la maîtrise de la lecture, de la grammaire, du vocabulaire et du calcul ».


Avec l’ambition de « construire le parcours d’un lecteur autonome », d’assurer « l’émancipation des élèves » par « la maîtrise de la langue française » ou encore de faire « du calcul un enjeu majeur de la maîtrise des principaux éléments de mathématiques à l’école primaire », ces trois notes paraphées par le ministre de l’Éducation nationale et qui doivent être publiées au B.O prochainement, interrogent d’abord sur leur statut. S’agit-il de recommandations ? Donnent-elles les grandes lignes d’une pédagogie officielle ? Quelle place occupent-elles, deux ans après la parution des nouveaux programmes ?

Une circulaire pour quoi faire ?
Le statut peu clair de ces trois notes a dans un premier temps amené le SNUipp-FSU à interroger la rue de Grenelle. Dans l’attente de ces précisions, il apparaît tout de même que peu de place est faite à l’expertise professionnelle des enseignants pour concevoir et mener les séances d’apprentissages en fonction de la connaissance et des besoins de leur classe. Une note qui va tout de même jusqu’à conseiller aux enseignants de « circuler dans les rangs des élèves lors des activités… »

Déchiffrer, apprendre des leçons, numéroter
Il pourrait être tentant sans être trop caricatural de rassembler ces trois notes de service dans une seule formule « Lire, écrire, compter ». Mais une fois encore chacun de ces domaines relève dans ces « recommandations » d’une approche quelque peu désuète ne prenant que trop peu en compte les travaux de la recherche.
Ainsi la rue de Grenelle propose-t-elle le retour d’une grammaire à la « grand-papa » avec un catalogue de notions et de listes de mots à apprendre par cœur en oubliant l’importance du réinvestissement de ces notions dans des textes lus et dans les activités d’écriture et de création. Si la « leçon de grammaire » est utile pour faire le point et expliciter un fait de langue, elle ne saurait suffire à l’apprentissage. Enfin, il faut déplorer le silence sur le rôle de la production d’écrits, alors que le CNESCO, vient dans son rapport du 11 avril de rappeler la nécessité de faire davantage écrire les élèves.

Sur la lecture alors que le préambule de la note affirme l’ambition de former des « bons lecteurs actifs ayant le goût de la lecture » en leur donnant les outils pour « accéder au sens des textes et au plaisir que la lecture procure », les propositions renvoient, elles, à la fin du CP les premières activités de compréhension. A l’inverse des programmes de 2016 qui rappelaient à juste titre qu’au « cycle 2, le sens et l’automatisation se construisent simultanément. »

Concernant les mathématiques, l’accent est mis sur le comptage-numérotage en maternelle, un apprentissage mécanique de la suite numérique qui ne permet pas à lui seul de construire le nombre et qui pour le coup vient en contradiction avec les programmes de 2015 de l’école maternelle.

École de la confiance ?
À la lecture de ce projet de note on semble bien loin d’une « école de la confiance » qu’affectionne pourtant le ministre. Reconnaître les enseignants, les soutenir, les valoriser et miser sur une vraie formation initiale et continue de qualité, seraient de meilleures réponses aux enjeux bien réels posés au système éducatif français.

Lire aussi :
- le projet de note dans le café pédagogique
- La réaction de Dominique Bucheton
- La réaction de Sylvie Plane
- La réaction de Rémi Brissiaud
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