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7 juillet 2020

Dossier de presse

Le Café Pédagogique : JM. Blanquer redouble.

JM. Blanquer redouble.
Le Café Pédagogique, Par François Jarraud — 07 juillet 2020

Il ne sera pas « vice-président ». Mais Jean-Michel Blanquer est renouvelé ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse et élargit son ministère aux sports. Emmanuel Macron renouvelle sa confiance à un ministre pourtant très impopulaire chez les enseignants et les parents. Au-delà du maintien de la politique menée depuis 2017, c’est un mauvais signal pour la réforme des retraites.

Un ministre pourtant usé
E Macron garde son ministre de l’Education nationale et élargit son empire aux sports, avec une secrétaire d’Etat, Roxana Maracineanu, l’ancienne ministre des sports. Jean-Michel Blanquer n’est pas le premier ministre de l’éducation dans cette configuration. René Billère, Lionel Jospin, par exemple, ont tenu ces trois ministères.

Cette décision a pu surprendre. JM Blanquer semblait usé dans la fonction. Selon le Baromètre Unsa seulement 6% des enseignants soutiennent les réformes portées par JM Blanquer, un taux historiquement bas. Recul historique de la confiance aussi chez les cadres de l’Education nationale, majoritairement hostiles aux réformes. Des hauts fonctionnaires du ministère ont protesté contre sa direction ce qui ne s’était jamais vu. Pire encore, il a aussi perdu la confiance des parents selon plusieurs sondages qui le créditent de 20% de satisfaits.

A cela plusieurs raisons. Des enseignants se plaignent de l’autoritarisme du ministre, inscrite dans la loi Blanquer, des promesses de revalorisation non tenues et de la prolétarisation du métier enseignant de plus en plus cadré par des « guides » ou des évaluations à suivre à la lettre. Il y a aussi les ruptures éthiques qui se multiplient : notes inventées au bac 2019 puis 2020, reconnaissance officielle des évaluations des établissements privés hors contrat aux examens de 2020.

Des politiques inefficaces
Parents comme enseignants constatent que la politique menée depuis 2017 n’a pas montré d’efficacité. C’est le cas par exemple des dédoublements en CP CE1. Ces dédoublements ont consommé des milliers de postes, largement prélevés sur des dispositifs plus efficaces du 1er degré (les maitres +) ou dans le 2d degré. Or il n’y a pas d’amélioration significative des résultats des élèves. Le retour à la semaine de 4 jours dans le premier degré a réduit encore les journées d’enseignement alors que les heures d’enseignement en France sont les plus lourdes : on aboutit à des journées de classe trop chargées. La loi Blanquer sur l’obligation scolaire à 3 ans n’a en rien amélioré la scolarisation des enfants mais contraint les communes à payer les maternelles privées au détriment des écoles publiques. Même la petite loi sur les smartphones s’est avérée négative durant le confinement. Cette inefficacité est devenue flagrante durant la crise sanitaire où le ministre a publiquement perdu pied.

La succession ultra rapide des réformes, qui se succèdent depuis 2017, détruit l’existant pour imposer partout de nouveaux programmes largement rejetés par les enseignants. Elle désorganise. Partout se mettent en place de nouvelles normes gestionnaires : bourrage des classes dans les lycées grâce aux « spécialités », gestion au moins coutant des AESH grâce aux PIAL, éjection des bacheliers professionnels du supérieur en appauvrissant leur formation générale.

Désintérêt pour l’Education
On peut s’interroger sur ce que signifie le maintien d’un ministre impopulaire et inefficace.

C’est d’abord le signe du désintérêt du président pour l’Education. JM Blanquer a eu les coudées franches depuis 2017 avec fort peu de contrôle venu de Matignon. Il est probable que cela durera avec le nouveau premier ministre.

Cela signe aussi un rapport du pouvoir exécutif aux syndicats. Depuis 2017, JM Blanquer tient tête aux syndicats de l’Education nationale, jugés parmi les plus puissants. Il participe ainsi à un combat du gouvernement comme le montre la loi de transformation de la fonction publique. Mais lui réussit et va loin. Il fait passer des réformes qu’aucun de ses prédécesseurs ne jugeaient possibles comme la fin du paritarisme pour les mutations et l’avancement des enseignants. Ainsi il réduit considérablement l’influence syndicale.

Le chantier des retraites en perspective
Et là on rejoint l’action du nouveau gouvernement. Jean Castex a annoncé vouloir rapidement appliquer la réforme des retraites. Celle –ci pénalise énormément les enseignants en réduisant d’un bon tiers leur retraite. Il va avoir besoin d’un homme fort capable de tenir le million d’enseignants concernés. La première conséquence du renouvellement de JM Blanquer pourrait être la mise en œuvre de la loi sur les retraites accompagnée d’un programme limité de revalorisation et de contreparties comme le « travailler plus » déjà annoncé par le ministre.

La principale raison de maintenir JM Blanquer est bien la proximité idéologique avec la nouvelle orientation , plus droitière, qui s’annonce avec le premier discours de J Castex. Tout comme le premier ministre, JM Blanquer soutenait la candidature de F Fillon en 2017. Cette proximité idéologique se lit aussi dans d’autres points. La dénonciation du communautarisme du premier ministre renvoie aux propos de JM Blanquer qui a une lecture droitière de la laïcité. La façon dont le ministre instrumentalise le Parlement, avec la loi Blanquer puis la loi Rilhac, renvoie aussi à l’évolution institutionnelle sous E Macron.




A qui profite le prof bashing ?
Le Café Pédagogique, Par François Jarraud — 11 juin 2020

"Comment des milliers de profs n’ont pas assuré leur propre cours pendant le confinement". France 2 a pris sa part dans ce qui devient une vraie campagne médiatique contre les enseignants. Bien sur elle arrive au moment où le gouvernement va "alléger" le protocole sanitaire pour faire taire les enseignants. Mais elle clôt aussi d’une certaine façon l’épisode exceptionnel qu’a connu l’école, jetée sans aucune préparation dans l’enseignement à distance. Pendant deux mois, l’Ecole a été lancée dans l’enseignement à distance dans une impréparation totale. Elle va en sortir éclatée, émiettée comme jamais. C’est cet épisode que vient clore la campagne contre les enseignants. Ils vont porter le chapeau.

Une véritable campagne
Lancé par les médias les plus populistes comme RMC, LCI ou BFM, le mythe des milliers "d’enseignants décrocheurs" a glissé vers des médias plus inattendus. C’est Pujadas sur LCI qui parle d’un enseignant sur deux qui n’est pas retourné en classe" alors que "les raisons de santé sont loin d’expliquer ce chiffre". " La moitié d’entre eux, encore aujourd’hui, n’a pas repris le chemin de l’école et dont une part non négligeable serait à ranger dans la catégorie des tire-au-flanc" affirme L’Opinion. "Un ministre en première ligne dit en privé "si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l’éducation nationale les français n’auraient rien eu à manger", dit D. Seux sur France Inter. "Il n’y a pas eu n enthousiasme débordant des enseignants. Je ne crois pas qu’on les applaudira tous à la fin du mois", écrit R. Cohen dans Les Echos. Enfin le dernier clou est frappé par France 2 et ses " milliers de profs (qui) n’ont pas assuré leur propre cours pendant le confinement". Quand tant de médias chantent le même air on peut dire qu’il y a campagne.

Pourquoi tous les profs ne sont pas rentrés ?
On ne va pas redire les vraies raisons du retour partiel en présentiel. Le protocole sanitaire par la règle du mètre de distance entre les élèves conduit à limiter fortement les capacités d’accueil. Le ministre n’en parle plus , ce qui est significatif, mais il y a aussi les contraintes de nettoyage. Si l’on doit nettoyer chaque salle de classe deux fois par jour il faut 4 salles pour un classe de collégiens et parfois 6 au lycée. Forcément ça divise la capacité d’accueil dans une grande mesure. Et ça ne peut pas changer sans modification du protocole.

JM Blanquer lui-même estime le 10 juin sur RTL que seulement la moitié des écoliers sont rentrés (et par roulement donc pas tous en même temps) , environ 30% des collégiens (avec la même restriction) et beaucoup moins de lycéens. Il en déduit "qu’on proportionne le nombre de professeurs (en présentiel) au nombre d’élèves". Si la moitié des professeurs sont revenus en présentiel c’est largement suffisant pour le nombre d’élèves admis dans les locaux. Les autres ne sont pas en "vacances", pour reprendre un mot de JM BLanquer, mais en enseignement à distance. Beaucoup d’enseignants, une majorité même dans le premier degré, cumulent d’ailleurs les deux, alors qu’ils ne sont pas obligés de le faire. Mais c’est difficile d’oublier la moitié de ses élèves quand on est prof.

Une campagne alimentée par JM Blanquer
Cette campagne médiatique peut s’appuyer sur les propos de JM Blanquer. Dès le 28 mai, le ministre a menti aux français en disant que " toutes les familles qui le souhaitent doivent pouvoir scolariser leur enfant au moins une partie de la semaine" alors qu’il savait très bien que c’était impossible du fait d’un protocole qu’en même temps il affirmait vouloirs garder strictement.

Deux semaines plus tard, le double langage continue. Sur RTL le 10 juin, quand le journaliste lui dit que les professeurs reviennent sur la base du volontariat et lui demande s’il compte passer à l’obligation, JM Blanquer ne dément pas mais au contraire dit que "oui ça faisait partie des étapes du déconfinement". Bien évidemment , depuis le 11 mai les enseignants doivent revenir dans leur école ou établissement ou sont affectés en enseignement à distance ou encore ont une autorisation d’absence pour raison médicale ou familiale dans le cadre des textes officiels en vigueur. Le ministre refuse de donner un chiffre mais promet des sanctions aux professeurs qui ne font pas leur travail.

Peut-on savoir combien de profs n’ont pas travaillé ?
Alors combien de professeurs ont vraiment décroché ? L’entourage du ministre n’a jamais dit qu’il y a 5 ou 6% de professeurs décrocheurs mais l’Education nationale estime que dans les 5 à 6% "il y a aussi des professeurs qui ne travaillent pas pour motif de santé ou raison personnelle". Ce qui change pas mal les choses. Sur RTL le 10 juin, le ministre dit enquêter pour savoir combien d’enseignants "ne font pas leur travail" et annonce que les chefs d’établissement "savent à quoi s’en tenir" et que les chiffres vont remonter.

Du coup il pose la question intéressante du travail enseignant. En temps normal il est facile de quantifier le temps de présence devant les élèves des enseignants et le nombre de notes inscrites dans le livret trimestriel. On sait que ce n’est qu’une partie (en fait moins de la moitié dans le 2d degré) du travail enseignant. Tout le reste (préparations, corrections, programmations, information etc.) échappe à la quantification autre que déclarative. On sait aussi si le programme est terminé ou pas.

En temps ordinaire, on a du mal à savoir parmi ses collègues ceux qui travaillent ou pas. On a encore plus de mal à savoir si ce travail est efficace et à l’évaluer. Mais avec la crise sanitaire, tous les repères ont sauté. Il y a eu deux mois sans classe. Plus de notes à la demande du ministre. Quant au programme presque partout il a été clair qu’il ne serait pas terminé.

Certes certains enseignants ont multiplié les sessions de classe virtuelle, tenté des modes d’évaluation et de cours innovants, inventé mille et une nouvelle façons de faire cours. Et on leur tire notre chapeau. D’autres se sont limités à inscrire des devoirs à faire dans Pronote. Ont corrigé ou pas, par mail ou pas. Apparemment ceux ci sont ceux à qui on va reprocher de n’avoir pas fait leur travail de "continuité pédagogique".

Mais c’était quoi travailler ?
Parce que derrière cette exigence du travail enseignant durant la période de fermeture il y a ce gros mensonge de la "continuité pédagogique". De continuité il n’y eut point. La vérité c’est que rien n’a été anticipé avant la fermeture des écoles. Même la dernière semaine de classe de mars , alors qu’il était certain que l’Ecole allait fermer, le ministre affirmait que la fermeture était exclue. C’est à ce moment qu’il aurait fallu envoyer des consignes de préparation de la fermeture : prendre connaissance des outils numériques, les faire manipuler par les élèves et les professeurs (comme le Café pédagogique l’écrivait avant le 12 mars).

La vérité c’est que les enseignants se sont retrouvés sans préparation, sans formation, sans consignes pédagogiques, sans outils fonctionnels, avec des élèves pas plus préparés. Avec tout ça ils ont du tous seuls ressusciter une école qui avait disparu.

Et ils se sont débrouillés, toujours avec l’aide des élèves, puis des parents, pour assurer un lien éducatif et certainement pas une "continuité éducative". Certains ont bien réussi parce qu’ils sont mieux préparés ou plus talentueux ou encore parce qu’ils ont des élèves mieux préparés. D’autres ont fait moins bien et certains se sont plantés.

Tous ont travaillé avec leurs outils personnels, l’institution n’ayant rien prévu là aussi (et elle ne prévoit d’ailleurs toujours rien). Certains n’ont pas d’outils numériques personnels d’ailleurs. Au bout de plusieurs semaines, le ministère s’est réveillé et a produit des circulaires et des fiches repères dont il n’est pas certain qu’elles aient été utiles et utilisées.

Jeter la pierre aux enseignants sur leur travail c’est entériner un mythe, celui de la continuité pédagogique et du "tout est prêt" ministériel. Un vrai mythe politique imaginé dès le 12 mars quand le ministre s’est trouvé contredit par les faits. Et perpétué depuis dans différentes formes, la dernière étant le 2S2C "voulu depuis toujours" par JM Blanquer alors qu’il s’agit de refiler des élèves aux autres parce que l’institution scolaire est incapable de les accueillir.

Ne plus dire que le roi était nu
Des "profs décrocheurs" il y en peut-être eu. Mais on ne saura jamais combien parce qu’on ne pourra jamais évaluer réellement le travail fait durant ces deux mois de fermeture. Et on ne pourra pas reprocher un manque de travail quand soi même comme employeur on n’a rien été capable de faire durant deux mois (comme par exemple fournir des outils de travail).

La campagne médiatique qui s’acharne sur les enseignants en ce moment vise probablement à faciliter la levée du protocole sanitaire dans les écoles pour relancer l’économie. Notamment il s’agit de lever les règles de distanciation et de nettoyage qui sont pourtant vitales.

Mais elle sert aussi une carrière politique. Il faut faire oublier l’impréparation, le moment de bascule où l’Ecole a continué sans le ministre par une renaissance spontanée et foisonneuse sur le terrain. Deux mois où le roi était nu. Impardonnable.




Mai 2020

Toutes les interventions des militants du SNUipp-FSU 93 dans les médias en cliquant ici.



Le 4 février 2020

Suicide d’une directrice d’école : les profs pénalisés pour lui avoir rendu hommage
Libération, Par Marie Piquemal — 31 janvier 2020

Le Snuipp 93 dénonce la retenue sur salaires pour les enseignants présents le 3 octobre devant le rectorat de Bobigny, venus manifester leur soutien après la mort de leur collègue Christine Renon. Interrogé, le ministère n’a pour l’instant pas réagi.

C’était le 3 octobre. Une foule compacte était rassemblée devant les bureaux du rectorat de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour rendre hommage à Christine Renon, cette directrice d’école de Pantin qui s’est donné la mort trois semaines après la rentrée. Il y avait beaucoup d’émotion cet après-midi-là, des silences aussi. Les enseignants présents racontaient la même chose : cette impression de connaître Christine Renon sans l’avoir côtoyée, tellement ils s’identifient et se reconnaissent dans ses mots. Cette lettre d’adieu où elle décrit les difficultés du métier, a bouleversé l’ensemble de la profession. Ils étaient là aussi pour que leur institution sache. Qu’elle mesure l’état d’épuisement de la profession. Le rassemblement se passait sous les fenêtres du rectorat, où se déroulait une réunion extraordinaire du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), à la demande des syndicats, pour que le suicide de cette directrice soit reconnu comme lié au travail.

Marie-Hélène Plard, cosecrétaire du Snuipp 93 (principal syndicat du primaire), n’en revient pas : « L’institution n’a toujours pas entendu. Elle continue de nous mépriser. » La sidération s’est produite en ouvrant la paye de janvier : les enseignants présents lors de ce rassemblement se sont vu décompter une journée de salaire pour ce fameux 3 octobre… « Un préavis de grève avait été déposé ce jour-là pour permettre aux professeurs de se rendre au rassemblement, par la FSU qui avait expressément demandé au ministère de ne pas retenir une journée de salaire », rappelle Marie-Hélène Plard. Maladresse ? Interrogé, le ministère n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations. Marie-Hélène Plard n’y croit pas un instant : « On ne peut même pas se raccrocher à cette hypothèse. Si cela avait été fait de façon automatique, le jour aurait été décompté sur la paye de novembre ou décembre. Pas en janvier. »

« Tant pis pour vous »

Elle en perd les mots. « C’était le dernier truc. Le seul geste de reconnaissance que l’on aurait pu attendre. Mais non, le ministère continue de nous mépriser. Il n’a rien entendu. Ni le message de Christine Renon, ni celui de l’ensemble de la profession qui a suivi. Rien. » Elle assure que le questionnaire envoyé à tous les directeurs d’école après le drame, pour évaluer leurs conditions de travail, « n’a servi à rien. Ils n’ont rien produit avec, si ce n’est accorder cette journée de décharge et encore, il fallait la prendre entre novembre et décembre. Ceux qui n’ont pas pu à ces dates-là se sont entendu répondre : "trop tard, tant pis pour vous" ».

Vendredi en début d’après-midi, le Snuipp 93 envoyait cette précision : « Même les collègues de la ville de Pantin, où exerçait Christine Renon, se sont vu retirer la journée du 3 octobre. »


A lire aussi :
- L’express : Suicide d’une directrice d’école : colère après une retenue sur salaires aux profs en grève
- France Bleu : Suicide de Christine Renon : la journée de grève et d’hommage n’a pas été payée à ses collègues enseignants
- Ouest-France : Suicide d’une directrice d’école à Pantin. Polémique autour de la retenue sur les salaires des profs
- L’Humanité : Ils n’ont pas honte  ! Blanquer fait payer le temps du deuil



A quoi servent les évaluations de CP - CE1 ?
Le Café Pédagogique, Par F. Jarraud , le jeudi 23 janvier 2020

A force de traiter les enseignants grévistes de "radicalisés" ça devait arriver : le 22 janvier, la manifestation très pacifique des professeurs des écoles contre les évaluations de CP et CE1 a été nassée par la police. Pour cette 3ème édition, les enseignants ne résistent plus frontalement aux évaluations. Mais beaucoup n’en voient pas l’utilité et certains s’interrogent sur leurs finalités.



A l’appel de plusieurs syndicats franciliens, Snuipp, Cgt, FO, Sud, une centaine d’enseignants a manifesté son opposition aux évaluations de CP et CE1. Les carnets d’évaluation ont volé, transformés en confettis ou planeurs. Le caractère bon enfant de cette manifestation d’enseignants n’a pas empêché l’arrivée de la police qui a encerclé et enfermé la manifestation sur une place pendant un moment.

"Les évaluations ne sont pas adaptées aux élèves", nous a dit Anne Laure, professeure des écoles en CP à Asnières. "On a l’impression que le ministère manipule le curseur pour faire en sorte d’avoir le taux d’échec ou de réussite qu’il veut. Par exemple on demande aux enfants de lire 50 mots et on décide que le résultat est bon s’ils en lisent 20". Anne-Laure trouve aussi les exercices inadaptés aux élèves. "Par exemple lire "il n’est pas seul" ou "il la porte" et l’associer à une image c’est compliqué pour un CP". La dernière phrase comporte un mot ambigu et un pronom personnel. "On a l’habitude d’évaluer les élèves sans évaluation nationale", rappelle t-elle.

"On a peur que ces évaluations servent surtout à évaluer les enseignants et à catégoriser les écoles", dit-elle. Une peur qui n’est pas irréaliste. C’est à cela que servent les évaluations dans les pays qui ont basculé dans le New Public Management. Et c’est aussi cet objectif qui avait été donné par N Sarkozy aux évaluations qui seront mises en place par JM Blanquer avant 2012.

Fabienne travaille dans une autre école d’Asnières, en Rep. "Les consignes de passage des évaluations mettent les élèves en difficulté", nous dit-elle. "En principe elles doivent tenir sur un temps précis, sans aide et on passe la consigne avec des phrases définies... Sauf qu’on est des profs et qu’on ne va pas pousser les élèves à échouer. Alors on aménage les temps et les consignes. Les résultats des évaluations sont forcément faussés dès le départ". Fabienne déplore le fait que les enseignants ne corrigent pas les évaluations. "On est dépossédé de la correction et de la suite. On nous demande une remédiation avec de mêmes exercices pour les élèves. Sauf que ce n’est pas comme cela qu’ils apprennent. Dans les cours on fit des liens avec ce qui a été appris avant et c’est comme cela qu’ils apprennent en avançant". Pour elle la remédiation des évaluations Blanquer, ce n’est pas efficace.



Retraites : Le conflit peut se refermer sur les enseignants
Le Café Pédagogique, Par F. Jarraud , le vendredi 20 décembre 2019.

Finalement, les enseignants seront ils les grands perdants de la réforme des retraites ? Alors que le gouvernement cherche une issue et qu’on semble approcher d’un accord avec au moins une partie des organisations syndicales, la position des enseignants se fragilise. Malgré leur imposante mobilisation, un accord sur les retraites pourrait se faire sur leur dos. Pour une raison très simple : ce sont eux qui ont le plus à perdre dans la réforme et ceux pour qui les solutions sont les plus difficiles à obtenir.

Les discussions entre syndicats et gouvernement sur la réforme des retraites sont médiatiquement centrées sur l’âge pivot. Or, à l’évidence, si c’est un souci pour tous les salariés, ce n’est pas la préoccupation majeure des enseignants. La réforme des retraites, si elle a réussi par sa violence à mettre dans la rue une majorité des enseignants, n’est pas la seule raison de leur mobilisation.

Tout le monde a été surpris par la puissance de la mobilisation enseignante. Rappelons que le 5 décembre entre la moitié et les trois quarts des enseignants ont fait grève. Il faut remonter aux années Allègre ou à mai 68 pour trouver autant d’enseignants dans un mouvement social. Si le mouvement a baissé d’un niveau le 10 décembre, les réponses apportées par JM Blanquer aux enseignants l’a fait remonter presque au niveau de départ le 17. Alors que les congés de Noël vont apporter une pause, on peut dire que les enseignants sont très majoritairement mobilisés aussi bien dans le 1er que dans le 2d degré.

Mais mobilisés contre quoi ? Certes il y a la réforme des retraites. Les enseignants ont bien compris que le nouveau système de calcul, la retraite par points va jouer contre eux. Ils n’ont rien à gagner de l’inclusion des primes dans le calcul de la retraite, en ayant très peu. Ils ont tout à perdre au calcul de la retraite sur toute une vie professionnelle au lieu des 6 derniers mois. Seule cette période finale de leur carrière est correctement payée. En calculant leur retraite sur toute leurs années professionnelles, on les oblige à prendre conscience de la façon dont ils ont été exploités durant toutes ces années.

De tous les salariés mobilisés contre la réforme des retraites, les enseignants sont ceux qui ont le plus à perdre financièrement. Leurs pensions devraient diminuer d’au moins un tiers. Pour les mettre à niveau il faudrait relever fortement leurs salaires. Si le gouvernement le promet, les professeurs n’ont pas oublié la parole du président de la République assurant qu’il ne le ferait pas.

Mais le pire n’est pas ce regard rétrospectif. Le pire c’est que la réforme veut les obliger à regarder l’avenir, un avenir redéfini par JM Blanquer.

De tous les salariés mobilisés contre la réforme des retraites, les enseignants sont aussi les seuls qui sont soumis à un chantage ministériel. Leur ministre les enjoint d’accepter une redéfinition de leur métier pour pouvoir bénéficier d’une revalorisation amortissant , dans une proportion qui reste à définir, les pertes liées à la réforme.

Le nouveau métier enseignant que veut mettre en place le ministre, avec l’aval du président, n’est rien d’autre que l’application en France du New Public Management (NPM). Il est déjà bien amorcé par la loi Blanquer et surtout par la loi de transformation de la Fonction publique. Les bases en sont jetées aussi par les évaluations nationales. Evalués individuellement par ces évaluations, les professeurs seront "responsabilisés " aux résultats de leurs élèves. Ils le seront d’autant plus que l’autorité de leur supérieur hiérarchique est considérablement renforcée par la suppression des commissions paritaires. Dans la vision du NPM ce contrôle doit permettre de relever le niveau des élèves. On sait, par l’expérience des pays qui l’utilisent, qu’il a surtout pour effet de faire démissionner en masse les enseignants et dans plusieurs pays également les chefs d’établissement. Le métier change et devient un métier d’exécutant sous contrôle. Les enseignants du premier degré en ont déjà un avant gout. Quant aux élèves ils réussissent mieux les tests. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont meilleurs.

JM Blanquer ne cache pas ses objectifs : faire travailler davantage les enseignants qui sont concernés par la réforme, ajouter de nouvelles missions, individualiser les carrières et les rémunérations. Tout cela a été dit.

JM Blanquer ne doute d’ailleurs de rien. Même pas de sa position de force. On aurait pu penser qu’il fasse des concessions dans la période actuelle. Ce qui vient d’arriver à Canopé ou encore les choix faits pour les cartes scolaires des 1er et 2d degré montre qu’il n’en est rien.

Cette dureté s’explique. JM Blanquer est aussi le ministre qui a le plus à gagner et perdre dans le conflit des retraites. Il n’échappe à personne que la mobilisation aussi exceptionnelle des enseignants dans le conflit des retraites lui doit beaucoup.

Harcelée, menacée, méprisée depuis des mois, la profession est montée en pression tout au long de l’année dernière. La mobilisation des enseignants contre la loi Blanquer a déjà été très forte. Au point que la majorité a du retoquer certains articles. Ce qui s’est passé avec le bac a montré qu’un point de non retour a été atteint entre les professeurs et leur ministère. Le tabou de la grève du bac a été levé sans confrontation entre enseignants. La grève a été comprise. La réponse ministérielle qui a piétiné les valeurs de l’Ecole en trichant sur les résultats a creusé le fossé. Tout cela c’est ce qu’on entend dans les manifestations actuelles. Ou ce qu’a entendu le public lors de la réunion de Nancy.

Le conflit des retraites peut être un excellent marche pied politique pour le ministre s’il s’arrête rapidement. JM Blanquer passerait pour le ministre qui a brisé les enseignants et les a définitivement transformés en prolétaires. Un accord se ferait contre le premier ministre actuel ce qui libèrerait une place...

Les jours qui viennent peuvent être déterminants pour le conflit et donc pour l’avenir des enseignants. C’est là que leur mobilisation pourrait être déterminante. Mais c’est les vacances...



Retraites : Solidaires et FSU étonnés de ne pas être reçus par le Premier ministre
L’express, Thierry Zoccolan, le 19 décembre 2019

"Ne pas nous recevoir est un très mauvais signal, cela signifie que le gouvernement ne prend pas en compte ce que nous disons", a regretté le secrétaire général de la FSU.

Vexés. Solidaires et la FSU, opposés à la réforme des retraites, ont exprimé le regret de ne pas avoir été conviés à Matignon mercredi et ce jeudi, contrairement à l’Unsa, également un syndicat non-représentatif mais ouvert au projet gouvernemental.

"La FSU est la première fédération dans l’éducation. Ne pas nous recevoir est un très mauvais signal, cela signifie que le gouvernement ne prend pas en compte ce que nous disons", a regretté ce jeudi Benoît Teste, son secrétaire général. "Nous avons demandé à être reçus au même titre que les autres syndicats, on nous a écoutés poliment à Matignon, mais sans plus", a-t-il ajouté.

"Les organisations de jeunesse pas invitées"

Après avoir reçu les organisations syndicales et patronales les unes après les autres mercredi, le Premier ministre Edouard Philippe les réunit ce jeudi dans l’après-midi. Parmi les syndicats, sont conviées les organisations syndicales représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC), qui ont obtenu plus de 8% aux élections professionnelles. Mais aussi l’Unsa, non représentative mais qui est ouverte à une réforme du système des retraites, comme la CFDT, tout en s’opposant notamment à l’âge pivot.

"Les organisations de jeunesse non plus ne sont pas invitées, ce qui est bizarre, puisque le gouvernement prépare un projet qui les concerne", relève Eric Beynel, porte-parole de Solidaires. La FSU et Solidaires font partie d’une intersyndicale menée par la CGT et Force ouvrière, et qui réclame le retrait pur et simple de la réforme.



Seine-Saint-Denis : un millier de personnes dans la rue contre la réforme des retraites
Le Parisien - par Hélène Haus, le 11 décembre 2019

Elle est venue manifester vêtue de sa blouse blanche d’infirmière. À 54 ans, Valérie ne sera pas concernée par la réforme des retraites. Mais qu’importe : « Je me bats pour mes enfants et mes petits-enfants », souffle cette salariée de l’hôpital René-Muret de Sevran. Elle a participé ce mercredi à la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites, organisée par plusieurs syndicats de Seine-Saint-Denis entre La Courneuve et Bobigny.

Une marche qui a mobilisé plus de 1 000 personnes - enseignants, agents RATP, employés du département, personnel hospitalier, etc. - d’après les syndicats. « Ce gouvernement se moque de nous ! ajoute cette militante de Sud Santé AP-HP. Il veut s’attaquer à nos retraites. Mais il faut déjà voir dans quelles conditions on travaille ? Dans mon hôpital, il y a un infirmier pour 50 patients. On fait tout notre possible pour réaliser au mieux notre boulot, mais à la fin de la journée, on rentre chez nous épuisé. »

Comme de nombreux manifestants, cette mère de famille n’est pas convaincue par les 23 annonces faites par le gouvernement fin octobre pour lutter contre les inégalités qui touchent la Seine-Saint-Denis. « C’est du saupoudrage ! On tente de résoudre tous nos problèmes avec un million par ci et un million par là, mais il n’y a pas de plan pérenne qui puisse changer les choses. »

Des Etats généraux sur les services publics
« Ce plan, c’est de la communication ! s’indigne également une directrice d’école à la retraite, qui a travaillé « 35 ans à Aubervilliers et Saint-Denis ». Si elle non plus ne sera pas touchée par la réforme, cette sexagénaire est venue manifester, « car toutes les initiatives locales sont bonnes à prendre. Surtout dans notre département ! Macron découvre la misère des banlieues en regardant « Les Misérables » (NDLR, le dernier film de Ladj Ly tourné à Clichy-sous-Bois et Montfermeil). C’est du foutage de gueule ! ».

« Toutes les mesures décriées de cette réforme vont toucher en premier lieu les habitants de ce département. Car les carrières hachées, les emplois précaires et pénibles y sont plus nombreux qu’ailleurs », rappelle Stéphane Troussel, le président (PS) du conseil départemental, qui a pris part au cortège à l’instar de plusieurs élus comme Marie-Georges Buffet, députée (PCF) de la quatrième circonscription.

En fin de manifestation, une délégation intersyndicale a été reçue en préfecture. « On a parlé des retraites, mais on sait que ce n’est pas à ce niveau-là que ça se décide, souligne Hervé Ossant, secrétaire général de l’UD CGT 93. Par contre, nous avons fait passer d’autres revendications. Notamment la mise en place d’Etats généraux sur les services publics en Seine-Saint-Denis, ainsi qu’un moratoire sur les fermetures de tous les équipements de service public en attendant l’organisation de ces états généraux. Le plan annoncé par Édouard Philippe pour le département ne suffit pas, loin de là. Au contraire, ce n’est qu’un début. »



Education prioritaire : Trois ministres et un enterrement
mercredi 06 novembre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

"Ce rapport est un début pas un aboutissement". Jean-Michel Blanquer présentait le 5 novembre, avec Gabriel Attal et Julien Denormandie, ministre de la Ville, le rapport réalisé par Pierre Mathiot et Ariane Azéma. Chargés d’une mission "Territoires et réussite", P Mathiot et A Azéma réduisent dans leur rapport l’éducation prioritaire aux seuls réseaux Rep+. Avec les Rep, la prime Rep disparaitrait. Les recteurs disposeraient de moyens qu’ils affecteraient à leur guise entre établissements défavorisés, ruraux ou isolés. Si JM Blanquer prend garde d’affirmer "qu’aucune décision n’est prise aujourd’hui", le rapport Mathiot Azéma, qui vient après plusieurs autres, pourrait être appliqué dès 2021. C’est la France défavorisée qui perd des moyens. C’est aussi la France des minorités qui est visée par celle des terroirs.

Une réforme pour 2021
"L’éducation prioritaire est une politique essentielle qui doit être maintenue et renforcée". Le 5 novembre , Jean-Michel Blanquer parle avec prudence. "C’est un rapport. Je n’endosse pas les mesures proposées même si ce travail va nous inspirer". Il annonce quand même de premières mesures dès la rentrée 2020 et une réforme pour 2021. Le rapport Mathiot Azéma vient après tant de rapports qui remettent en question l’existence de l’éducation prioritaire que l’on a peine à croire que le ministre renonce à appliquer ses préconisations.

Pourtant l’éducation prioritaire est de loin le plus important dispositif déployé par l’Education nationale. Réformée en 2014, l’éducation prioritaire concerne 1.7 million d’élèves et près de 110 00 enseignants. 365 collèges et 2466 écoles sont labellisés Rep+ et 732 collèges et 4237 écoles sont "Rep". Le cout total de la politique d’éducation prioritaire a été évalué par la Cour des Comptes à 1.4 milliard, dont 1.1 milliard en sur encadrement des élèves et 200 millions de primes.

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Ces directeurs d’école se seraient bien passés des injonctions sur le voile
Mercredi 06 novembre 2019 - Huffington Post

Quand Jean-Michel Blanquer appelle "à ne pas encourager le port du voile", les directeurs d’école désespèrent que les problèmes de pauvreté et de conditions de travail passent à la trappe.

“Blanquer est comme un élève qui répondrait à une question qu’on ne le lui a pas posée...” On devine dans l’effort d’élan joyeux de la voix de ce directeur d’école de Seine-Saint-Denis, un fond sonore d’amertume. Après le suicide d’une de leurs collègues mi-septembre, les directeurs d’école ne sont plus seulement en émoi. Ils expriment désormais une colère sourde que les propos de Jean-Michel Blanquer sur le voile et la polarisation du débat sur la laïcité ne font qu’exacerber.

Ce mercredi 6 novembre, pendant que le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) est convoqué au ministère de l’Éducation nationale, les directeurs d’école ont décidé de se rassembler sous les fenêtres des Ressources humaines rue Regnault. Pour que le suicide de Christine Renon ne tombe pas dans l’oubli et pour enrayer les propos de leur ministre, à visée électoraliste, d’après eux.

Depuis plusieurs semaines en effet, la libération de la parole autour de leurs conditions de travail après le tragique destin de leur collègue de Pantin avait vite été éclipsée par le serpent de mer des mères voilées en sorties scolaires. Un voile islamique qui “n’est pas souhaitable”, avait déclaré le ministre sur BFM TV, le 13 octobre. Il appelait ainsi les responsables scolaires, soit les directeurs d’école, à ne pas “l’encourager”.

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Lettre d’un fils de profs à la République
Jeudi 31 octobre 2019 - Libération - Noé Gauchard, étudiant

Voilà plus d’un mois que Christine Renon, directrice d’école à Pantin, s’est donné la mort. Pourtant, le débat public esquive encore la question des conditions de travail des enseignants et d’accueil des enfants.

Tribune. « On ne jette surtout pas les pots de yaourt, ça pourra toujours servir pour un atelier bricolage. » Toutes les familles d’institutrices et d’instituteurs savent à quoi je fais référence. A ce dévouement sans faille pour une profession, qui s’infiltre dans tous les recoins de la vie privée. Auquel on a fini par s’habituer, parce qu’au fond, ça ne fait pas de mal. Mais aujourd’hui, le fils de profs que je suis a envie de dire stop. A envie que les choses changent. Parce que cette déformation professionnelle, détail par détail, finit par tuer. Au sens propre.

« Voilà maintenant plus d’un mois que Christine Renon, directrice d’école maternelle à Pantin (Seine-Saint-Denis), s’est volontairement donné la mort, épuisée par une fonction devenue intenable. La lettre qu’elle a adressée à ses collègues et à l’inspection d’académie avant le geste fatal est glaçante. Glaçante de tristesse, de sentiment d’impuissance, mais surtout glaçante de vérité. Pleine de ces actions du quotidien dont beaucoup d’instituteurs et institutrices peuvent témoigner, tant elles ont fini par faire partie de la profession au même titre que les compétences officiellement demandées à un·e professeur·e des écoles. Si bien qu’ils et elles en auraient presque oublié que cela n’est pas normal.

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Philippe Meirieu : Lettre à un jeune professeur
Lundi 14 octobre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

"On assiste à une véritable changement identitaire : un changement qui concerne la conception même du métier de professeur... Cher collègue, je crois qu’il est absolument essentiel que vous assumiez, dans ce moment particulier, une fonction de résistance". C’est à nouveau à résister que Philippe Meirieu appelle dans cette nouvelle "Lettre à un jeune professeur" (ESF Sciences humaines). Résister contre quoi ? Contre la prolétarisation du métier soumis de plus en plus à des injonctions et des contrôles. Contre la toute puissance des neuroscientifiques qui veulent dicter la pédagogie comme si la salle de classe était un laboratoire. Mais surtout Philippe Meirieu appelle à "résister pour". Pour la part profonde d’humanité qui est dans la transmission du savoir, pour ce pari sur l’avenir que font existentiellement les enseignants. Et pour cela, Philippe Meirieu aborde des questions de métier : discipline et disciplines, rapport aux élèves et aux savoirs, efficacité, relations avec l’institution. Alors que règne une ambiance particulièrement morose en ce moment dans les écoles et établissements, ce petit livre est surtout un acte d’espoir. Mais laissons Philippe Meirieu s’en expliquer...
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Catherine Da Silva, directrice d’école : «  On ne nous permet pas de faire notre métier  »
Politis - Entretien avec Victor Le Boisselier - 9 octobre 2019

Après le suicide de Christine Renon à Pantin, Catherine Da Silva, directrice d’une école primaire en Seine-Saint-Denis, témoigne de la souffrance d’une profession en perte de sens.

« Ça fait deux ans que je me dis  : mais à quoi bon  ?  » Sous sa frange brune, ses traits tirés témoignent de l’usure du métier. Catherine Da Silva le reconnaît elle-même  : «  Je suis épuisée.  » Depuis cinq ans, elle est en poste à l’école Taos-Amrouche, à Saint-Denis. Ses mots font tristement écho à ceux laissés par Christine Renon. Cette directrice d’école primaire à Pantin, en Seine-Saint-Denis, s’est donné la mort dans son établissement le 21 septembre. Jeudi 3 octobre, directeurs d’école, enseignants et professeurs étaient réunis à Bobigny pour lui rendre hommage. «  On se demande  : est-ce que, moi, j’aurais pu faire ça  ?  » lâche Catherine Da Silva. Mais après l’émoi vient la colère. «  Blanquer nous a déshumanisés. Il nous a pris notre métier.  »

Depuis l’entrée de Catherine Da Silva dans l’Éducation nationale, près de vingt ans se sont écoulés. Deux décennies qu’elle pourrait raconter sans s’arrêter, sur un débit soutenu. La charge mentale d’un métier en perte de sens, les services publics qui foutent le camp dans son département… Issue de l’immigration, elle grandit à Saint-Denis et y devient enseignante.
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Marie-Hélène Plard : « Après le suicide de Christine, on ressent le mépris de l’institution scolaire »
Regard.fr - Entretien par Pierre Jacquemain | 30 septembre 2019

Le 21 septembre dernier, Christine Renon, directrice d’école depuis plus de 30, se donnait la mort dans son école de Pantin. Dans une lettre où elle se dit épuisée, elle dénonce les dégradations des conditions de travail et accuse l’Education nationale. Marie-Hélène Plard, directrice d’école et secrétaire départementale du SNUipp-FSU de la Seine-Saint-Denis, est l’invitée de #LaMidinale.





La détresse reste vive à l’école maternelle Mehul de Pantin une semaine après le suicide de sa directrice
France Inter - Grand Angle - mardi 1 octobre 2019 par Mathilde Dehimi





Silence, on meurt
Jeudi 26 septembre 2019 - Médiapart - Laurence de Cock

« Elle était solaire, c’est ce qu’un ami qui la connaissait m’a dit ». Ce soir, dans la cour de l’école Méhul, là où Christine Renon s’est suicidée ce week-end, on se chuchote entre nous ce que l’on sait d’elle. Personnellement je ne savais rien du tout. Mais « solaire » on ne peut pas l’inventer. Et alors la question qui vrille l’estomac plus encore que le dégout est assez évidente : Qu’est-ce qui est suffisamment puissant et froid pour parvenir à éteindre le soleil ?

Ce ne sont certainement pas les quelques centaines de parents et d’enfants aux yeux rougis qui se tenaient là , aux visages "qui ne réalisent pas", encore hébétés par la nouvelle ; pas non plus les dignes collègues, enseignantes, enseignants, s’excusant platement d’avoir dû improviser cet hommage dans l’urgence. Celles et ceux-là, on le sent, on les connaît, ont toujours soufflé sur les braises du désir de bien faire, forcément. Ils ont fait tenir au contraire.

Qui donc alors ?

La réponse tient dans la si digne lettre envoyée préalablement à ses collègues ; la lettre d’une « directrice épuisée ». C’est ainsi qu’elle la signe, et surtout qu’elle signale.

La réponse tient en une phrase : « Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom ».

J’ai cheminé toute la journée avec ces mots. Ce sont eux qui m’ont poussée à aller rendre hommage à une femme dont je n’avais jamais entendu parler. Parce que nous partageons cette curieuse chose : une commune institution.

Le soleil aurait donc suffoqué sous les coups des salisseurs. Quelle pire souillure en effet que ces fins de non-recevoir aux requêtes, que ces réponses à peine polies renforçant le sentiment d’ invisibilité de celles et ceux qui, malgré tout, les attendent, car elles leur sont vitales ; que cette imperméabilité à l’humain de notre institution ?

Devant cette école ce soir, on sent bien que notre colère latente est nourrie par une angoisse immense : qui sera le/la prochain.e ? Devant moi un jeune homme couvre ses oreilles pour ne pas entendre la lecture finale de la lettre. Il suffoque sous les sanglots au point de préférer s’accroupir. Á moins qu’il ne soit tombé. Ce sera peut-être lui, ou toi, ou moi.

Car il est certain que ceux qui ont le pouvoir de salir et d’éteindre le soleil ne s’arrêteront pas en chemin. Ils sévissent bien au-delà des écoles et attaquent tout ce qui subsiste encore d’esprit public. Ringardiser les métiers non soumis à la quête de rentabilité est leur sport favori.

Et dans le geste désespéré d’une femme qui est à la fois elle-même, seule et nous tou.te.s en même temps , réside cette certitude que personne n’est épargné par ce fatal basculement. Se tuer sur son lieu de travail, jeter sa mort à la face de l’institution, ce n’est pas rien. Ce n’est certainement pas comme commencent à le distiller certains médias le produit de « fortes lésions personnelles et sentimentales » (la palme revient à 20minutes.fr). C’est « le choix du lieu de ma fin de vie » comme l’écrit encore Christine Renon. Et donc à défaut d’autre choix comme le travail juste, et parce que l’institution l’en prive, il reste le choix « du lieu de ma fin de vie ».

Je comprends que l’on puisse se boucher les oreilles à la lecture de ces mots crus, mais on ne va pas pouvoir longtemps continuer à fermer les yeux.

Aussi, en guise de premier et dernier toast, pour toi, directrice solaire et épuisée, je re-jette tes maux à la mer et prie l’institution d’immortaliser ton nom.



Pantin : Christine Renon, "directrice épuisée "
Jeudi 26 septembre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

" Je suis tellement fatiguée". C’est le leitmotiv de la lettre laissée par Christine Renon, directrice de l’école maternelle Méhul de Pantin(93) le 21 septembre, peu de temps avant son suicide. Ses mots interpellent l’institution éducation scolaire qui laisse les directeurs "seuls" face à un travail épuisant et parfois inutile. De l’institution scolaire elle n’espère qu’une chose c’est qu’elle ne salisse pas son nom. Le Snuipp 93 et Sud 93 réagissent.

Mme Renon souligne des injonctions inutiles : "franchement prendre les enfants sur le temps méridien cela peut les faire progresser ?", demande t-elle au sujet des APC. " En quoi les rythmes de l’enfant à Pantin sont-ils raisonnables ?". "Je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. D’ailleurs il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs. Et la cellule de crise, quelle blague. L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête". Toute la lettre souligne la solitude du travail du directeur face aux problèmes nombreux et quotidiens comme les nominations d’enseignants à la rentrée ou les crises qui surviennent à l’école.

"Le travail des directeurs est épuisant.... Les directeurs sont seuls", dit-elle. " Je suis tellement fatiguée". Mme Renon s’est donné la mort en remerciant les parents, ses collègues, " les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école", les animateurs de la ville.

"La solitude de la mission de direction d’école dans les tâches quotidiennes administratives et organisationnelles qui s’accumulent devient, au fil des années insupportable", déclare le Snuipp 93. "Le manque de formation et d’accompagnement pour les directrices et les directeurs d’école lors de la gestion de situations de crise renforce le sentiment de solitude face à des décisions impactant familles, élèves et collègues. Les directives ministérielles, rectorales et académiques se superposent, sans jamais faire le lien avec les professionnels de terrain pour les mettre en cohérence, en vérifier la faisabilité … Cette marche forcée de réformes rejetées par la profession, via les instances paritaires ministérielles comme académiques ou départementales, contraint de nombreux collègues à mettre en œuvre sous la pression hiérarchique des mesures qui heurtent leur professionnalité, voire qui bafouent leurs valeurs humaines et professionnelles".

Le syndicat dépose une alerte sociale. " Cette alerte doit ouvrir des discussions pour que la mort tragique de notre collègue et camarade ne soit pas vaine". Le Snuipp 93 et Sud 93 saisissent le CHSCT. " Nous demandons au Ministre que cesse la mise en place d’organisations du travail pathogènes. Malgré de nombreux suicides dans l’Education Nationale, le ministère n’a pris aucune décision pour mettre fin à ces situations", déclare Sud 93.

"Le travail des directeurs est épuisant.... Les directeurs sont seuls", dit-elle. " Je suis tellement fatiguée". Mme Renon s’est donné la mort en remerciant les parents, ses collègues, " les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école", les animateurs de la ville.



Fantasmes sur l’école maternelle de banlieue
Dimanche 1er septembre 2019 - Médiapart - Paul Devin

Les récents propos de Jean-Michel Blanquer revendiquant la pertinence de l’obligation scolaire à trois ans pour lutter contre la déscolarisation des petites filles dans les milieux fondamentalistes musulmans témoignent une fois encore des fantasmes entretenus sur l’école de la banlieue.
Cette prétendue motivation ne se fonde sur aucune donnée objective. Il n’y a pas de phénomène de non-scolarisation des filles en maternelle y compris dans les quartiers populaires. L’attribution de cette non-scolarisation à des facteurs religieux est donc une pure supputation qui témoigne davantage des représentations du ministre que des réalités du territoire. Lorsque les scolarisations à deux ans étaient plus développées qu’aujourd’hui, le même constat pouvait être fait : les petites filles vont à l’école autant que leurs frères ! Sans doute pourra-t-on trouver des situations de refus de scolarisation mais peut-on décrire la vie ordinaire de la banlieue au seul travers de quelques situations extrêmes sans faire surgir des représentations fantasmées qui accuseraient des familles de mettre en doute les valeurs de notre société alors qu’elles n’ont pour souhait que celui de la réussite scolaire des leurs enfants.

Il en est de même d’autres arguments qui ont été successivement avancés pour justifier la scolarité obligatoire à trois ans.

Il y eut l’argument qui expliquait qu’il fallait inciter à la scolarisation dans les quartiers populaires car des enfants, garçons et filles confondus cette fois-ci, échappaient à la maternelle. La réalité statistique est toute autre : les familles populaires mettent leurs enfants à la maternelle et le faisaient dès deux ans quand on leur offrait la possibilité de le faire ! Et les seules zones où on constate une moindre scolarisation, c’est à Mayotte et en Guyane où faute de places, les familles populaires doivent se contenter d’une inscription sur une liste d’attente.

Il y eut l’argument de l’assiduité peu respectée par les familles populaires nous disait-on. Cette fois-ci pas de statistiques officielles mais les témoignages des enseignants de la banlieue. Le seul manque d’assiduité véritablement notable provient qu’une question économique : le prix des billets d’avion lors du retour estival dans le pays d’origine qui incite les familles à partir avant la sortie scolaire et à revenir après. Raison qui conduit aussi des familles bourgeoises à manquer aux obligations d’assiduité pour bénéficier de vacances moins chères !

Jusqu’où ira donc cette recherche d’arguments pour la scolarité obligatoire à 3 ans ? Car la réalité est que cette mesure n’aura pas d’impact sur la scolarisation puisque la quasi-totalité des élèves est déjà scolarisée en maternelle. Et dans les seuls territoires où ce n’est pas le cas, faute de places, l’État n’a pas décidé d’investir suffisamment pour changer cette situation.
Pour le reste le seul véritable effet de cette réforme sera le subventionnement des écoles privées et donc le développement des inégalités que leur développement entraîne. A la différence des précédentes réformes de la scolarité obligatoire, celle-ci consacrera donc une plus grande inégalité en favorisant les choix scolaires des milieux favorisés …
Vouloir la justifier par de prétendus dangers causés par les familles populaires de banlieue confine au cynisme !








 

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