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19 décembre 2019

Dossier de presse

Le Café Pédagogique : Retraites : Le conflit peut se refermer sur les enseignants
L’Express : Retraites : Solidaires et FSU étonnés de ne pas être reçus par le Premier ministre

Retraites : Le conflit peut se refermer sur les enseignants
Le Café Pédagogique, Par F. Jarraud , le vendredi 20 décembre 2019.

Finalement, les enseignants seront ils les grands perdants de la réforme des retraites ? Alors que le gouvernement cherche une issue et qu’on semble approcher d’un accord avec au moins une partie des organisations syndicales, la position des enseignants se fragilise. Malgré leur imposante mobilisation, un accord sur les retraites pourrait se faire sur leur dos. Pour une raison très simple : ce sont eux qui ont le plus à perdre dans la réforme et ceux pour qui les solutions sont les plus difficiles à obtenir.

Les discussions entre syndicats et gouvernement sur la réforme des retraites sont médiatiquement centrées sur l’âge pivot. Or, à l’évidence, si c’est un souci pour tous les salariés, ce n’est pas la préoccupation majeure des enseignants. La réforme des retraites, si elle a réussi par sa violence à mettre dans la rue une majorité des enseignants, n’est pas la seule raison de leur mobilisation.

Tout le monde a été surpris par la puissance de la mobilisation enseignante. Rappelons que le 5 décembre entre la moitié et les trois quarts des enseignants ont fait grève. Il faut remonter aux années Allègre ou à mai 68 pour trouver autant d’enseignants dans un mouvement social. Si le mouvement a baissé d’un niveau le 10 décembre, les réponses apportées par JM Blanquer aux enseignants l’a fait remonter presque au niveau de départ le 17. Alors que les congés de Noël vont apporter une pause, on peut dire que les enseignants sont très majoritairement mobilisés aussi bien dans le 1er que dans le 2d degré.

Mais mobilisés contre quoi ? Certes il y a la réforme des retraites. Les enseignants ont bien compris que le nouveau système de calcul, la retraite par points va jouer contre eux. Ils n’ont rien à gagner de l’inclusion des primes dans le calcul de la retraite, en ayant très peu. Ils ont tout à perdre au calcul de la retraite sur toute une vie professionnelle au lieu des 6 derniers mois. Seule cette période finale de leur carrière est correctement payée. En calculant leur retraite sur toute leurs années professionnelles, on les oblige à prendre conscience de la façon dont ils ont été exploités durant toutes ces années.

De tous les salariés mobilisés contre la réforme des retraites, les enseignants sont ceux qui ont le plus à perdre financièrement. Leurs pensions devraient diminuer d’au moins un tiers. Pour les mettre à niveau il faudrait relever fortement leurs salaires. Si le gouvernement le promet, les professeurs n’ont pas oublié la parole du président de la République assurant qu’il ne le ferait pas.

Mais le pire n’est pas ce regard rétrospectif. Le pire c’est que la réforme veut les obliger à regarder l’avenir, un avenir redéfini par JM Blanquer.

De tous les salariés mobilisés contre la réforme des retraites, les enseignants sont aussi les seuls qui sont soumis à un chantage ministériel. Leur ministre les enjoint d’accepter une redéfinition de leur métier pour pouvoir bénéficier d’une revalorisation amortissant , dans une proportion qui reste à définir, les pertes liées à la réforme.

Le nouveau métier enseignant que veut mettre en place le ministre, avec l’aval du président, n’est rien d’autre que l’application en France du New Public Management (NPM). Il est déjà bien amorcé par la loi Blanquer et surtout par la loi de transformation de la Fonction publique. Les bases en sont jetées aussi par les évaluations nationales. Evalués individuellement par ces évaluations, les professeurs seront "responsabilisés " aux résultats de leurs élèves. Ils le seront d’autant plus que l’autorité de leur supérieur hiérarchique est considérablement renforcée par la suppression des commissions paritaires. Dans la vision du NPM ce contrôle doit permettre de relever le niveau des élèves. On sait, par l’expérience des pays qui l’utilisent, qu’il a surtout pour effet de faire démissionner en masse les enseignants et dans plusieurs pays également les chefs d’établissement. Le métier change et devient un métier d’exécutant sous contrôle. Les enseignants du premier degré en ont déjà un avant gout. Quant aux élèves ils réussissent mieux les tests. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont meilleurs.

JM Blanquer ne cache pas ses objectifs : faire travailler davantage les enseignants qui sont concernés par la réforme, ajouter de nouvelles missions, individualiser les carrières et les rémunérations. Tout cela a été dit.

JM Blanquer ne doute d’ailleurs de rien. Même pas de sa position de force. On aurait pu penser qu’il fasse des concessions dans la période actuelle. Ce qui vient d’arriver à Canopé ou encore les choix faits pour les cartes scolaires des 1er et 2d degré montre qu’il n’en est rien.

Cette dureté s’explique. JM Blanquer est aussi le ministre qui a le plus à gagner et perdre dans le conflit des retraites. Il n’échappe à personne que la mobilisation aussi exceptionnelle des enseignants dans le conflit des retraites lui doit beaucoup.

Harcelée, menacée, méprisée depuis des mois, la profession est montée en pression tout au long de l’année dernière. La mobilisation des enseignants contre la loi Blanquer a déjà été très forte. Au point que la majorité a du retoquer certains articles. Ce qui s’est passé avec le bac a montré qu’un point de non retour a été atteint entre les professeurs et leur ministère. Le tabou de la grève du bac a été levé sans confrontation entre enseignants. La grève a été comprise. La réponse ministérielle qui a piétiné les valeurs de l’Ecole en trichant sur les résultats a creusé le fossé. Tout cela c’est ce qu’on entend dans les manifestations actuelles. Ou ce qu’a entendu le public lors de la réunion de Nancy.

Le conflit des retraites peut être un excellent marche pied politique pour le ministre s’il s’arrête rapidement. JM Blanquer passerait pour le ministre qui a brisé les enseignants et les a définitivement transformés en prolétaires. Un accord se ferait contre le premier ministre actuel ce qui libèrerait une place...

Les jours qui viennent peuvent être déterminants pour le conflit et donc pour l’avenir des enseignants. C’est là que leur mobilisation pourrait être déterminante. Mais c’est les vacances...



Retraites : Solidaires et FSU étonnés de ne pas être reçus par le Premier ministre
L’express, Thierry Zoccolan, le 19 décembre 2019

"Ne pas nous recevoir est un très mauvais signal, cela signifie que le gouvernement ne prend pas en compte ce que nous disons", a regretté le secrétaire général de la FSU.

Vexés. Solidaires et la FSU, opposés à la réforme des retraites, ont exprimé le regret de ne pas avoir été conviés à Matignon mercredi et ce jeudi, contrairement à l’Unsa, également un syndicat non-représentatif mais ouvert au projet gouvernemental.

"La FSU est la première fédération dans l’éducation. Ne pas nous recevoir est un très mauvais signal, cela signifie que le gouvernement ne prend pas en compte ce que nous disons", a regretté ce jeudi Benoît Teste, son secrétaire général. "Nous avons demandé à être reçus au même titre que les autres syndicats, on nous a écoutés poliment à Matignon, mais sans plus", a-t-il ajouté.

"Les organisations de jeunesse pas invitées"

Après avoir reçu les organisations syndicales et patronales les unes après les autres mercredi, le Premier ministre Edouard Philippe les réunit ce jeudi dans l’après-midi. Parmi les syndicats, sont conviées les organisations syndicales représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC), qui ont obtenu plus de 8% aux élections professionnelles. Mais aussi l’Unsa, non représentative mais qui est ouverte à une réforme du système des retraites, comme la CFDT, tout en s’opposant notamment à l’âge pivot.

"Les organisations de jeunesse non plus ne sont pas invitées, ce qui est bizarre, puisque le gouvernement prépare un projet qui les concerne", relève Eric Beynel, porte-parole de Solidaires. La FSU et Solidaires font partie d’une intersyndicale menée par la CGT et Force ouvrière, et qui réclame le retrait pur et simple de la réforme.



Seine-Saint-Denis : un millier de personnes dans la rue contre la réforme des retraites
Le Parisien - par Hélène Haus, le 11 décembre 2019

Elle est venue manifester vêtue de sa blouse blanche d’infirmière. À 54 ans, Valérie ne sera pas concernée par la réforme des retraites. Mais qu’importe : « Je me bats pour mes enfants et mes petits-enfants », souffle cette salariée de l’hôpital René-Muret de Sevran. Elle a participé ce mercredi à la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites, organisée par plusieurs syndicats de Seine-Saint-Denis entre La Courneuve et Bobigny.

Une marche qui a mobilisé plus de 1 000 personnes - enseignants, agents RATP, employés du département, personnel hospitalier, etc. - d’après les syndicats. « Ce gouvernement se moque de nous ! ajoute cette militante de Sud Santé AP-HP. Il veut s’attaquer à nos retraites. Mais il faut déjà voir dans quelles conditions on travaille ? Dans mon hôpital, il y a un infirmier pour 50 patients. On fait tout notre possible pour réaliser au mieux notre boulot, mais à la fin de la journée, on rentre chez nous épuisé. »

Comme de nombreux manifestants, cette mère de famille n’est pas convaincue par les 23 annonces faites par le gouvernement fin octobre pour lutter contre les inégalités qui touchent la Seine-Saint-Denis. « C’est du saupoudrage ! On tente de résoudre tous nos problèmes avec un million par ci et un million par là, mais il n’y a pas de plan pérenne qui puisse changer les choses. »

Des Etats généraux sur les services publics
« Ce plan, c’est de la communication ! s’indigne également une directrice d’école à la retraite, qui a travaillé « 35 ans à Aubervilliers et Saint-Denis ». Si elle non plus ne sera pas touchée par la réforme, cette sexagénaire est venue manifester, « car toutes les initiatives locales sont bonnes à prendre. Surtout dans notre département ! Macron découvre la misère des banlieues en regardant « Les Misérables » (NDLR, le dernier film de Ladj Ly tourné à Clichy-sous-Bois et Montfermeil). C’est du foutage de gueule ! ».

« Toutes les mesures décriées de cette réforme vont toucher en premier lieu les habitants de ce département. Car les carrières hachées, les emplois précaires et pénibles y sont plus nombreux qu’ailleurs », rappelle Stéphane Troussel, le président (PS) du conseil départemental, qui a pris part au cortège à l’instar de plusieurs élus comme Marie-Georges Buffet, députée (PCF) de la quatrième circonscription.

En fin de manifestation, une délégation intersyndicale a été reçue en préfecture. « On a parlé des retraites, mais on sait que ce n’est pas à ce niveau-là que ça se décide, souligne Hervé Ossant, secrétaire général de l’UD CGT 93. Par contre, nous avons fait passer d’autres revendications. Notamment la mise en place d’Etats généraux sur les services publics en Seine-Saint-Denis, ainsi qu’un moratoire sur les fermetures de tous les équipements de service public en attendant l’organisation de ces états généraux. Le plan annoncé par Édouard Philippe pour le département ne suffit pas, loin de là. Au contraire, ce n’est qu’un début. »



Education prioritaire : Trois ministres et un enterrement
mercredi 06 novembre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

"Ce rapport est un début pas un aboutissement". Jean-Michel Blanquer présentait le 5 novembre, avec Gabriel Attal et Julien Denormandie, ministre de la Ville, le rapport réalisé par Pierre Mathiot et Ariane Azéma. Chargés d’une mission "Territoires et réussite", P Mathiot et A Azéma réduisent dans leur rapport l’éducation prioritaire aux seuls réseaux Rep+. Avec les Rep, la prime Rep disparaitrait. Les recteurs disposeraient de moyens qu’ils affecteraient à leur guise entre établissements défavorisés, ruraux ou isolés. Si JM Blanquer prend garde d’affirmer "qu’aucune décision n’est prise aujourd’hui", le rapport Mathiot Azéma, qui vient après plusieurs autres, pourrait être appliqué dès 2021. C’est la France défavorisée qui perd des moyens. C’est aussi la France des minorités qui est visée par celle des terroirs.

Une réforme pour 2021
"L’éducation prioritaire est une politique essentielle qui doit être maintenue et renforcée". Le 5 novembre , Jean-Michel Blanquer parle avec prudence. "C’est un rapport. Je n’endosse pas les mesures proposées même si ce travail va nous inspirer". Il annonce quand même de premières mesures dès la rentrée 2020 et une réforme pour 2021. Le rapport Mathiot Azéma vient après tant de rapports qui remettent en question l’existence de l’éducation prioritaire que l’on a peine à croire que le ministre renonce à appliquer ses préconisations.

Pourtant l’éducation prioritaire est de loin le plus important dispositif déployé par l’Education nationale. Réformée en 2014, l’éducation prioritaire concerne 1.7 million d’élèves et près de 110 00 enseignants. 365 collèges et 2466 écoles sont labellisés Rep+ et 732 collèges et 4237 écoles sont "Rep". Le cout total de la politique d’éducation prioritaire a été évalué par la Cour des Comptes à 1.4 milliard, dont 1.1 milliard en sur encadrement des élèves et 200 millions de primes.

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Ces directeurs d’école se seraient bien passés des injonctions sur le voile
Mercredi 06 novembre 2019 - Huffington Post

Quand Jean-Michel Blanquer appelle "à ne pas encourager le port du voile", les directeurs d’école désespèrent que les problèmes de pauvreté et de conditions de travail passent à la trappe.

“Blanquer est comme un élève qui répondrait à une question qu’on ne le lui a pas posée...” On devine dans l’effort d’élan joyeux de la voix de ce directeur d’école de Seine-Saint-Denis, un fond sonore d’amertume. Après le suicide d’une de leurs collègues mi-septembre, les directeurs d’école ne sont plus seulement en émoi. Ils expriment désormais une colère sourde que les propos de Jean-Michel Blanquer sur le voile et la polarisation du débat sur la laïcité ne font qu’exacerber.

Ce mercredi 6 novembre, pendant que le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) est convoqué au ministère de l’Éducation nationale, les directeurs d’école ont décidé de se rassembler sous les fenêtres des Ressources humaines rue Regnault. Pour que le suicide de Christine Renon ne tombe pas dans l’oubli et pour enrayer les propos de leur ministre, à visée électoraliste, d’après eux.

Depuis plusieurs semaines en effet, la libération de la parole autour de leurs conditions de travail après le tragique destin de leur collègue de Pantin avait vite été éclipsée par le serpent de mer des mères voilées en sorties scolaires. Un voile islamique qui “n’est pas souhaitable”, avait déclaré le ministre sur BFM TV, le 13 octobre. Il appelait ainsi les responsables scolaires, soit les directeurs d’école, à ne pas “l’encourager”.

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Lettre d’un fils de profs à la République
Jeudi 31 octobre 2019 - Libération - Noé Gauchard, étudiant

Voilà plus d’un mois que Christine Renon, directrice d’école à Pantin, s’est donné la mort. Pourtant, le débat public esquive encore la question des conditions de travail des enseignants et d’accueil des enfants.

Tribune. « On ne jette surtout pas les pots de yaourt, ça pourra toujours servir pour un atelier bricolage. » Toutes les familles d’institutrices et d’instituteurs savent à quoi je fais référence. A ce dévouement sans faille pour une profession, qui s’infiltre dans tous les recoins de la vie privée. Auquel on a fini par s’habituer, parce qu’au fond, ça ne fait pas de mal. Mais aujourd’hui, le fils de profs que je suis a envie de dire stop. A envie que les choses changent. Parce que cette déformation professionnelle, détail par détail, finit par tuer. Au sens propre.

« Voilà maintenant plus d’un mois que Christine Renon, directrice d’école maternelle à Pantin (Seine-Saint-Denis), s’est volontairement donné la mort, épuisée par une fonction devenue intenable. La lettre qu’elle a adressée à ses collègues et à l’inspection d’académie avant le geste fatal est glaçante. Glaçante de tristesse, de sentiment d’impuissance, mais surtout glaçante de vérité. Pleine de ces actions du quotidien dont beaucoup d’instituteurs et institutrices peuvent témoigner, tant elles ont fini par faire partie de la profession au même titre que les compétences officiellement demandées à un·e professeur·e des écoles. Si bien qu’ils et elles en auraient presque oublié que cela n’est pas normal.

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Philippe Meirieu : Lettre à un jeune professeur
Lundi 14 octobre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

"On assiste à une véritable changement identitaire : un changement qui concerne la conception même du métier de professeur... Cher collègue, je crois qu’il est absolument essentiel que vous assumiez, dans ce moment particulier, une fonction de résistance". C’est à nouveau à résister que Philippe Meirieu appelle dans cette nouvelle "Lettre à un jeune professeur" (ESF Sciences humaines). Résister contre quoi ? Contre la prolétarisation du métier soumis de plus en plus à des injonctions et des contrôles. Contre la toute puissance des neuroscientifiques qui veulent dicter la pédagogie comme si la salle de classe était un laboratoire. Mais surtout Philippe Meirieu appelle à "résister pour". Pour la part profonde d’humanité qui est dans la transmission du savoir, pour ce pari sur l’avenir que font existentiellement les enseignants. Et pour cela, Philippe Meirieu aborde des questions de métier : discipline et disciplines, rapport aux élèves et aux savoirs, efficacité, relations avec l’institution. Alors que règne une ambiance particulièrement morose en ce moment dans les écoles et établissements, ce petit livre est surtout un acte d’espoir. Mais laissons Philippe Meirieu s’en expliquer...
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Catherine Da Silva, directrice d’école : «  On ne nous permet pas de faire notre métier  »
Politis - Entretien avec Victor Le Boisselier - 9 octobre 2019

Après le suicide de Christine Renon à Pantin, Catherine Da Silva, directrice d’une école primaire en Seine-Saint-Denis, témoigne de la souffrance d’une profession en perte de sens.

« Ça fait deux ans que je me dis  : mais à quoi bon  ?  » Sous sa frange brune, ses traits tirés témoignent de l’usure du métier. Catherine Da Silva le reconnaît elle-même  : «  Je suis épuisée.  » Depuis cinq ans, elle est en poste à l’école Taos-Amrouche, à Saint-Denis. Ses mots font tristement écho à ceux laissés par Christine Renon. Cette directrice d’école primaire à Pantin, en Seine-Saint-Denis, s’est donné la mort dans son établissement le 21 septembre. Jeudi 3 octobre, directeurs d’école, enseignants et professeurs étaient réunis à Bobigny pour lui rendre hommage. «  On se demande  : est-ce que, moi, j’aurais pu faire ça  ?  » lâche Catherine Da Silva. Mais après l’émoi vient la colère. «  Blanquer nous a déshumanisés. Il nous a pris notre métier.  »

Depuis l’entrée de Catherine Da Silva dans l’Éducation nationale, près de vingt ans se sont écoulés. Deux décennies qu’elle pourrait raconter sans s’arrêter, sur un débit soutenu. La charge mentale d’un métier en perte de sens, les services publics qui foutent le camp dans son département… Issue de l’immigration, elle grandit à Saint-Denis et y devient enseignante.
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Marie-Hélène Plard : « Après le suicide de Christine, on ressent le mépris de l’institution scolaire »
Regard.fr - Entretien par Pierre Jacquemain | 30 septembre 2019

Le 21 septembre dernier, Christine Renon, directrice d’école depuis plus de 30, se donnait la mort dans son école de Pantin. Dans une lettre où elle se dit épuisée, elle dénonce les dégradations des conditions de travail et accuse l’Education nationale. Marie-Hélène Plard, directrice d’école et secrétaire départementale du SNUipp-FSU de la Seine-Saint-Denis, est l’invitée de #LaMidinale.





La détresse reste vive à l’école maternelle Mehul de Pantin une semaine après le suicide de sa directrice
France Inter - Grand Angle - mardi 1 octobre 2019 par Mathilde Dehimi





Silence, on meurt
Jeudi 26 septembre 2019 - Médiapart - Laurence de Cock

« Elle était solaire, c’est ce qu’un ami qui la connaissait m’a dit ». Ce soir, dans la cour de l’école Méhul, là où Christine Renon s’est suicidée ce week-end, on se chuchote entre nous ce que l’on sait d’elle. Personnellement je ne savais rien du tout. Mais « solaire » on ne peut pas l’inventer. Et alors la question qui vrille l’estomac plus encore que le dégout est assez évidente : Qu’est-ce qui est suffisamment puissant et froid pour parvenir à éteindre le soleil ?

Ce ne sont certainement pas les quelques centaines de parents et d’enfants aux yeux rougis qui se tenaient là , aux visages "qui ne réalisent pas", encore hébétés par la nouvelle ; pas non plus les dignes collègues, enseignantes, enseignants, s’excusant platement d’avoir dû improviser cet hommage dans l’urgence. Celles et ceux-là, on le sent, on les connaît, ont toujours soufflé sur les braises du désir de bien faire, forcément. Ils ont fait tenir au contraire.

Qui donc alors ?

La réponse tient dans la si digne lettre envoyée préalablement à ses collègues ; la lettre d’une « directrice épuisée ». C’est ainsi qu’elle la signe, et surtout qu’elle signale.

La réponse tient en une phrase : « Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom ».

J’ai cheminé toute la journée avec ces mots. Ce sont eux qui m’ont poussée à aller rendre hommage à une femme dont je n’avais jamais entendu parler. Parce que nous partageons cette curieuse chose : une commune institution.

Le soleil aurait donc suffoqué sous les coups des salisseurs. Quelle pire souillure en effet que ces fins de non-recevoir aux requêtes, que ces réponses à peine polies renforçant le sentiment d’ invisibilité de celles et ceux qui, malgré tout, les attendent, car elles leur sont vitales ; que cette imperméabilité à l’humain de notre institution ?

Devant cette école ce soir, on sent bien que notre colère latente est nourrie par une angoisse immense : qui sera le/la prochain.e ? Devant moi un jeune homme couvre ses oreilles pour ne pas entendre la lecture finale de la lettre. Il suffoque sous les sanglots au point de préférer s’accroupir. Á moins qu’il ne soit tombé. Ce sera peut-être lui, ou toi, ou moi.

Car il est certain que ceux qui ont le pouvoir de salir et d’éteindre le soleil ne s’arrêteront pas en chemin. Ils sévissent bien au-delà des écoles et attaquent tout ce qui subsiste encore d’esprit public. Ringardiser les métiers non soumis à la quête de rentabilité est leur sport favori.

Et dans le geste désespéré d’une femme qui est à la fois elle-même, seule et nous tou.te.s en même temps , réside cette certitude que personne n’est épargné par ce fatal basculement. Se tuer sur son lieu de travail, jeter sa mort à la face de l’institution, ce n’est pas rien. Ce n’est certainement pas comme commencent à le distiller certains médias le produit de « fortes lésions personnelles et sentimentales » (la palme revient à 20minutes.fr). C’est « le choix du lieu de ma fin de vie » comme l’écrit encore Christine Renon. Et donc à défaut d’autre choix comme le travail juste, et parce que l’institution l’en prive, il reste le choix « du lieu de ma fin de vie ».

Je comprends que l’on puisse se boucher les oreilles à la lecture de ces mots crus, mais on ne va pas pouvoir longtemps continuer à fermer les yeux.

Aussi, en guise de premier et dernier toast, pour toi, directrice solaire et épuisée, je re-jette tes maux à la mer et prie l’institution d’immortaliser ton nom.



Pantin : Christine Renon, "directrice épuisée "
Jeudi 26 septembre 2019 - Le Café Pédagogique - François Jarraud

" Je suis tellement fatiguée". C’est le leitmotiv de la lettre laissée par Christine Renon, directrice de l’école maternelle Méhul de Pantin(93) le 21 septembre, peu de temps avant son suicide. Ses mots interpellent l’institution éducation scolaire qui laisse les directeurs "seuls" face à un travail épuisant et parfois inutile. De l’institution scolaire elle n’espère qu’une chose c’est qu’elle ne salisse pas son nom. Le Snuipp 93 et Sud 93 réagissent.

Mme Renon souligne des injonctions inutiles : "franchement prendre les enfants sur le temps méridien cela peut les faire progresser ?", demande t-elle au sujet des APC. " En quoi les rythmes de l’enfant à Pantin sont-ils raisonnables ?". "Je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. D’ailleurs il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs. Et la cellule de crise, quelle blague. L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête". Toute la lettre souligne la solitude du travail du directeur face aux problèmes nombreux et quotidiens comme les nominations d’enseignants à la rentrée ou les crises qui surviennent à l’école.

"Le travail des directeurs est épuisant.... Les directeurs sont seuls", dit-elle. " Je suis tellement fatiguée". Mme Renon s’est donné la mort en remerciant les parents, ses collègues, " les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école", les animateurs de la ville.

"La solitude de la mission de direction d’école dans les tâches quotidiennes administratives et organisationnelles qui s’accumulent devient, au fil des années insupportable", déclare le Snuipp 93. "Le manque de formation et d’accompagnement pour les directrices et les directeurs d’école lors de la gestion de situations de crise renforce le sentiment de solitude face à des décisions impactant familles, élèves et collègues. Les directives ministérielles, rectorales et académiques se superposent, sans jamais faire le lien avec les professionnels de terrain pour les mettre en cohérence, en vérifier la faisabilité … Cette marche forcée de réformes rejetées par la profession, via les instances paritaires ministérielles comme académiques ou départementales, contraint de nombreux collègues à mettre en œuvre sous la pression hiérarchique des mesures qui heurtent leur professionnalité, voire qui bafouent leurs valeurs humaines et professionnelles".

Le syndicat dépose une alerte sociale. " Cette alerte doit ouvrir des discussions pour que la mort tragique de notre collègue et camarade ne soit pas vaine". Le Snuipp 93 et Sud 93 saisissent le CHSCT. " Nous demandons au Ministre que cesse la mise en place d’organisations du travail pathogènes. Malgré de nombreux suicides dans l’Education Nationale, le ministère n’a pris aucune décision pour mettre fin à ces situations", déclare Sud 93.

"Le travail des directeurs est épuisant.... Les directeurs sont seuls", dit-elle. " Je suis tellement fatiguée". Mme Renon s’est donné la mort en remerciant les parents, ses collègues, " les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école", les animateurs de la ville.



Fantasmes sur l’école maternelle de banlieue
Dimanche 1er septembre 2019 - Médiapart - Paul Devin

Les récents propos de Jean-Michel Blanquer revendiquant la pertinence de l’obligation scolaire à trois ans pour lutter contre la déscolarisation des petites filles dans les milieux fondamentalistes musulmans témoignent une fois encore des fantasmes entretenus sur l’école de la banlieue.
Cette prétendue motivation ne se fonde sur aucune donnée objective. Il n’y a pas de phénomène de non-scolarisation des filles en maternelle y compris dans les quartiers populaires. L’attribution de cette non-scolarisation à des facteurs religieux est donc une pure supputation qui témoigne davantage des représentations du ministre que des réalités du territoire. Lorsque les scolarisations à deux ans étaient plus développées qu’aujourd’hui, le même constat pouvait être fait : les petites filles vont à l’école autant que leurs frères ! Sans doute pourra-t-on trouver des situations de refus de scolarisation mais peut-on décrire la vie ordinaire de la banlieue au seul travers de quelques situations extrêmes sans faire surgir des représentations fantasmées qui accuseraient des familles de mettre en doute les valeurs de notre société alors qu’elles n’ont pour souhait que celui de la réussite scolaire des leurs enfants.

Il en est de même d’autres arguments qui ont été successivement avancés pour justifier la scolarité obligatoire à trois ans.

Il y eut l’argument qui expliquait qu’il fallait inciter à la scolarisation dans les quartiers populaires car des enfants, garçons et filles confondus cette fois-ci, échappaient à la maternelle. La réalité statistique est toute autre : les familles populaires mettent leurs enfants à la maternelle et le faisaient dès deux ans quand on leur offrait la possibilité de le faire ! Et les seules zones où on constate une moindre scolarisation, c’est à Mayotte et en Guyane où faute de places, les familles populaires doivent se contenter d’une inscription sur une liste d’attente.

Il y eut l’argument de l’assiduité peu respectée par les familles populaires nous disait-on. Cette fois-ci pas de statistiques officielles mais les témoignages des enseignants de la banlieue. Le seul manque d’assiduité véritablement notable provient qu’une question économique : le prix des billets d’avion lors du retour estival dans le pays d’origine qui incite les familles à partir avant la sortie scolaire et à revenir après. Raison qui conduit aussi des familles bourgeoises à manquer aux obligations d’assiduité pour bénéficier de vacances moins chères !

Jusqu’où ira donc cette recherche d’arguments pour la scolarité obligatoire à 3 ans ? Car la réalité est que cette mesure n’aura pas d’impact sur la scolarisation puisque la quasi-totalité des élèves est déjà scolarisée en maternelle. Et dans les seuls territoires où ce n’est pas le cas, faute de places, l’État n’a pas décidé d’investir suffisamment pour changer cette situation.
Pour le reste le seul véritable effet de cette réforme sera le subventionnement des écoles privées et donc le développement des inégalités que leur développement entraîne. A la différence des précédentes réformes de la scolarité obligatoire, celle-ci consacrera donc une plus grande inégalité en favorisant les choix scolaires des milieux favorisés …
Vouloir la justifier par de prétendus dangers causés par les familles populaires de banlieue confine au cynisme !








 

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