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13 avril 2018

Des assises de la maternelle,
pour quoi faire ?

Aucun élément nouveau sur la connaissance des élèves et de leurs apprentissages. Les 27 et 28 mars se sont tenues les « Assises de la Maternelle » qui promettaient des annonces sur le devenir de l’école maternelle. D’annonces, il ne fut question que d’une seule : l’âge de l’instruction obligatoire est abaissé à 3 ans à partir de la rentrée 2019.
Pour le reste, on a assisté à une succession d’interventions disparates, dont la majorité prenait appui sur les neurosciences et l’imagerie médicale et concernait bien davantage le métier d’ATSEM que celui d’enseignant-e et les enfants de 0 à 3 ans plus que ceux d’âge scolaire. Ces conférences n’ont apporté aucun élément nouveau sur la connaissance des élèves et de leurs apprentissages. Les priorités affichées, déjà présentes dans les programmes de 2015, sont celles du langage et de l’épanouissement de l’enfant. Sur ces sujets, il a davantage été question de postures que de pratiques enseignantes ou de contenus.
La forte volonté d’un dépistage précoce abordé lors de ses Assises, qui pourrait ne pas seulement permettre des adaptations et des remédiations, mais viserait à définir des « profils » d’élèves, ce qui n’est pas sans nous inquiéter. Le lien école-famille est à peine évoqué, si ce n’est par la remise au goût du jour de la mallette des parents qui pourtant avait montré ses insuffisances et limites.
Plus inquiétant, sous couvert de renforcer la formation des enseignants, est évoquée, la possibilité de spécialisation pour les enseignant-es en maternelle qui pourrait intervenir dès la fin de la formation initiale.

L’instruction obligatoire à 3 ans et puis ?
Le constat d’inégalités de réussite scolaire est le premier argument avancé par le président de la République lors de son intervention, mais la réponse d’un abaissement de l’âge de la scolarité obligatoire à 3 ans sans rien modifier aux conditions de scolarisation à la maternelle, relève davantage de l’effet d’annonce que d’une « révolution » scolaire. Alors que plus de 97% des enfants de 3 ans sont actuellement scolarisés, la non-scolarisation s’explique en grande partie par des inégalités de dotation et des insuffisances structurelles selon les territoires (Mayotte et Guyane sont à moins de 70%).

Si l’obligation scolaire à trois ans reconnaît la maternelle comme une école à part entière, plusieurs points appellent à la vigilance :
- Le rapport aux familles : jusqu’alors les familles scolarisaient leurs enfants par adhésion et cela contribuait à une relation de confiance entre l’école et la famille. Les nouvelles exigences d’assiduité liée à l’obligation scolaire vont entraîner de nouvelles règles pour les familles qui ne devront pas remettre en cause la nécessaire confiance réciproque.
- Un dépistage précoce pour une intervention rapide auprès des élèves diagnostiqués « en retard » comporte le risque de construire la difficulté scolaire plutôt que de la prévenir. Considérer les enfants en difficulté en maternelle sans prendre en compte les différences de développement ou de contexte social est de nature à renforcer les déterminismes par la stigmatisation des enfants dont le milieu familial est le plus éloigné de la culture scolaire. Cette volonté de dépistage précoce signera aussi le très probable retour à des formes d’évaluation que nous avons dénoncées par le passé. Rien n’est dit sur la présence des RASED à l’école maternelle, alors que plusieurs questions en pointaient la nécessité.
- L’obligation de financement des écoles maternelles privées par les collectivités, obligation qui ne leur incombe que pour la scolarité obligatoire. Compte tenu des inégalités territoriales, le coût de cette mesure (frais de fonctionnement, ATSEM…), va peser sur l’ensemble des écoles qui risquent de devoir se partager l’enveloppe actuellement dévolue à la maternelle publique.
- L’organisation des classes de petits risque d’être bouleversée : qu’en sera-t-il de la scolarisation des moins de 3 ans dont le ministère ne fait pas une de ses priorités ? Les dispositifs dédiés seront-ils confirmés ? Le ministère semble vouloir la réserver aux zones socialement les plus défavorisées.
- Les possibilités d’aménagement individuel du temps scolaire seront-elles encore possibles (rentrées échelonnées, temps de classe progressif en fonction du développement de l’enfant…) ?
- L’évolution des missions des ATSEM pourrait transférer une partie des missions éducatives et pédagogiques vers des personnels non-enseignants.

L’obligation scolaire est un effet d’annonce qui n’apporte aucune amélioration des conditions actuelles de scolarisation. Pour le SNUipp-FSU, il faut :
- Abaisser les effectifs/classe : 15 élèves/classe à 3 ans.
- Rendre obligatoire la présence d’une ATSEM à temps plein par classe.
- Assurer une formation initiale et une formation continue de qualité avec des temps communs avec les accompagnants.
- Aménager des espaces et améliorer les équipements.
- Respecter les programmes de 2015 qui ont été bien accueillis par la communauté éducative.
- Reconnaître le temps nécessaire à la relation écoles-familles.
- Abonder les RASED pour prévenir la difficulté.
- Développer les dispositifs de scolarisation de moins de 3 ans.
- Permettre la mise en œuvre de « plus de maîtres »
- Améliorer la présence des personnels sociaux de santé du service public.

Rendre obligatoire la scolarisation à 3 ans sans les moyens à hauteur des besoins pour permettre cette scolarisation effective, notamment dans les DOM, ne permettra pas de lutter contre les inégalités.

Lire aussi :
Lettre ouverte au ministre à l’initiative du SNUipp-FSU
Le communiqué de presse du SNUipp-FSU

 

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