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  • Dossier de Presse
13 octobre 2017

Dossier de Presse

Le SNUipp-FSU dans les médias.
Le pré recrutement contre le manque de professeurs.

Crise du recrutement :
Valentin Ripp, du SNUipp-FSU 93, parle des pré-recrutements nécessaires.

- sur BFM TV
- sur France-Info

Le Café Pédagogique
jeudi 12 octobre 2017 - François Jarraud

Le pré recrutement contre le manque de professeurs

"On pose la question de l’attractivité du métier enseignant". Comment faire face à la crise du recrutement dans l’enseignement primaire ? Si le Snuipp Fsu soulève la question le 11 octobre c’est que la rentrée a vu un taux record de postes non pourvus et un recours massif aux contractuels dans le premier degré. Une situation que Francette Popineau, co-secrétaire générale du Snuipp, souhaite voir redressée. Pour cela le syndicat appelle à des prérecrutements massifs et au déplacement du concours en L3.

Un recours massif aux contractuels
Avec 569 postes non pourvus à l’issue des épreuves des concours du premier degré, la crise de recrutement s’est nettement aggravée en 2017. Cette fois 5 académies n’ont pas réussi à recruter un nombre d’enseignants correspondant aux postes mis aux concours. A Créteil il manque 453 postes. Mais Versailles voit aussi 92 postes non pourvus. Et on manque aussi d’enseignants en Guyane (-19), à Caen et à Toulouse.

Et comme il faut bien mettre des enseignants dans les classes, les rectorats ont décidé de faire appel à des contractuels, une situation qui n’existait, il y a quelques années, que dans le second degré. En 2017 avec 569 postes non pourvus, un millier de départs en retraite supplémentaires inattendus et les dédoublements de Cp en Rep+, le recours aux contractuels a été massif.

En plus des 919 professeurs recrutés sur les listes complémentaires des concours, dans 35 départements les recteurs ont fait appel aux contractuels avec 2079 embauches. Du jamais vu ! Le Snuipp parle de "politique de précarisation des personnels".

Une baisse du nombre de candidats aux concours


Comment expliquer une telle crise du recrutement ? Deux chiffres illustrent sa profondeur. Il y a eu à peu près le même nombre de postes proposés au concours externe des PE en 2005 et 2017 (environ 11 000). Mais en 2005 55 709 candidats ont participé au concours. En 2017 seulement 29 010. Le ratio du nombre de présents aux concours par rapport au nombre de postes n’a cessé de baisser depuis 2012 passant de 6 candidats pour un poste à moins de 3 pour un. Autrement dit le métier de professeur des écoles attire beaucoup moins de candidats qu’il y a 10 ans. La crise est structurelle et non anecdotique.

L’effet masterisation
Pour le Snuipp, la crise résulte de trois facteurs. D’abord la hausse du niveau de recrutement, de la licence au master, réduit forcément le nombre de candidats potentiels. Pour relever le défi du recrutement, il faudrait aller chercher de nouveaux candidats qui normalement ne feraient pas d’études aussi longues. Pour cela, le Snuipp demande de véritables prérecrutements qui n’existent pas aujourd’hui. Enfin il faut aussi améliorer le métier et notamment l’entrée dans le métier.

Le syndicat envisage d’agir sur plusieurs leviers pour inverser la tendance. D’abord il souhaite que le ministère arrête le mouvement de yoyo avec les postes. Il faut une planification longue du recrutement. Alterner des phases de réduction et de hausse des postes mis aux concours éloigne les étudiants.

Pour le pré recrutement
Le Snuipp propose d’instaurer le concours au niveau licence (L3) au lieu de la fin de master 1. Cela permettrait d’avoir deux années de formation professionnelle comme stagiaire, avec un temps en classe ne dépassant pas un tiers temps. Cela améliorerait les conditions d’entrée dans le métier avec un meilleur sentiment de compétence de nouveaux enseignants.

Le syndicat milite aussi pour un pré recrutement à partir de L1. Ces pré recrutements devraient être rémunérés et sans condition de service. Pour le Snuipp cela devrait aussi répondre à la question de la démocratisation du recrutement des PE. Les nouveaux PE sont plus élevés socialement avec la masterisation. Les travaux de G Farges (IREDU) ont montré que la tendance était déjà là avant la masterisation. Or, pour F Popineau, "il n’est pas bon que les enseignants soient éloignés socialement de leurs élèves". Valentin Ripp, militant du snuipp 93, souligne le fait que Créteil, en crise majeure de recrutement, dispose d’un fort potentiel de jeunes susceptibles de faire des études longues si on les aide.

L’accueil dans le métier serait meilleur et prolongé après l’année de titularisation par un tutorat sur les deux premières années avec une entrée progressive en classe, tiers temps puis mi temps . Cela devrait aussi diminuer le nombre de démissions.

Une crise globale du management
Mais la crise du recrutement ne frappe pas que la France. On la trouve dans tous les pays développés. Partout la hausse des exigences dans le recrutement et dans l’exercice du métier d’enseignant, les nouvelles formes de leur gestion avec le New Public Management, se heurtent à la pénurie.

En effet, cette politique met l’accent sur la formation des enseignants comme élément clé de l’amélioration des système éducatifs en lien avec leur encadrement plus étroit. Or plus on élève le niveau de formation et d’exigence plus on donne aux étudiants d’opportunités pour travailler dans un autre secteur, souvent mieux rémunéré. On fabrique ainsi la pénurie.

Cette situation avait été très bien analysée par Florence Lefresne et Robert Rakocevic (Depp). Selon eux, 71% des enseignants hollandais travaillent dans des établissements dont le chef d’établissement déclare manquer d’enseignants qualifiés et 22% des enseignants de maths déclarent ne pas avoir été formés à cet enseignement. En Angleterre c’est respectivement 46 et 6%. En France, où le système dominant est encore traditionnel c’est 32 et 4.

Acceptation de la crise ?
Car le paradoxe de la masterisation c’est, qu’en France comme ailleurs, au final on est obligé de recruter massivement des enseignants moins formés que ceux qui étaient recrutés au niveau licence. En France on a recours aux contractuels. En Suède on a largement eu recours à des enseignants immigrés et à des professeurs du secondaire pour enseigner au primaire. En Angleterre on a cherché à attirer des étudiants en leur donnant des primes importantes par exemple en maths. Au final on a rendu le métier moins attractif et moins satisfaisant pour les enseignants. Et dans de nombreux pays cette politique s’accompagne de démissions massives.

Revenons en France. L’enjeu immédiat pour le ministre français c’est son programme de dédoublements de CP et Ce1 en éducation prioritaire. JM Blanquer a encore besoin de 9500 postes pour tenir la promesse d’E Macron. Pense-t-il cela possible ? En tous cas, la loi de finances ne fixe plus de date limite pour l’application de cette réforme dont l’avenir s’obscurcit. Le nombre de stagiaires et de postes aux concours est revu à la baisse dans le premier degré dès 2018. Le ministre aurait-il fait sien la crise du recrutement ?



le 13 septembre 2017
COMMUNIQUE DE PRESSE DU SNUIpp-FSU

Investir dans l’école, une urgence !


Le rapport annuel de l’Ocde « Regards sur l’éducation 2017 » confirme que l’école française reste largement sous-investie. Il confirme le lien entre la dépense en éducation et la performance d’un système éducatif, notamment sur la reproduction des inégalités sociales en inégalités scolaires. Et en France l’influence du milieu social est beaucoup plus forte que dans la moyenne des pays de l’Ocde.

Or, globalement, la France dépense 18% de moins que la moyenne Ocde pour le primaire et de 34% comparé aux 11 pays* pointés par France Stratégie qui réussissent mieux à la fois sur les résultats moyens PISA et également en termes d’impact des inégalités sociales sur les résultats scolaires.

Ce sous-investissement réduit les possibilités d’agir sur les leviers favorisant la réussite des élèves comme la taille des classes ou la formation des enseignants. L’école primaire française reste par exemple dans le peloton de tête pour la lourdeur de ses classes tandis que le nombre d’élèves par enseignant s’élève à 19 contre 15 en moyenne pour l’ensemble des pays de l’Ocde.

Une des particularités de la France est aussi la faiblesse des salaires enseignants. La moyenne des salaires dans les pays de l’Ocde dans le primaire au bout de 15 ans d’ancienneté y est supérieure de 22% alors que le temps global de travail en France est plus conséquent.

Lutter contre les inégalités et faire réussir tous les élèves, et particulièrement ceux issus des milieux populaires, tout comme reconnaître les enseignants dans leur expertise et leur professionnalisé, suppose donc un budget à la hauteur de ce défi.
Ce n’est donc pas affaire de méthode de lecture ou d’un enseignement qui ne serait pas assez resserré sur les matières dites fondamentales, la France restant championne dans le temps consacré aux apprentissages fondamentaux : plus de 38 % du temps d’enseignement consacré à la lecture, l’écriture et la littérature (24,47 % de moyenne pour l’Ocde) et 21 % en maths (17% pour l’Ocde).

Ce rapport conforte le SNUipp-FSU sur la nécessité d’investir dans l’école et de s’appuyer sur les enseignants. C’est un enjeu de société de la plus haute importance. C’est ce que continuera de porter le SNUipp-FSU en mobilisant les enseignants au moment des discussions budgétaires.

* Suisse, Japon, Belgique, Autriche, Danemark, Irlande, Pays-Bas, Finlande, Canada, Allemagne et Australie




France Bleu - L’invité du matin
Lundi 4 septembre 2017

"Evaluations CP : les propositions du SNUipp-FSU"





Le Café Pédagogique
Lundi 4 septembre 2017 - François Jarraud

Evaluation de CP : Quelle utilité ?
Quel accueil les enseignants font-ils aux nouvelles évaluations nationales du CP ? Après la publication sur un site académique d’une version quasi définitive des évaluations, plusieurs enseignants ont réagi à ces nouvelles évaluations imposées par le ministère. Pas toujours jugées utiles, elles suscitent des réaction variées. Le Snuipp demande un droit d’inventaire et d’adaptation pour les enseignants.

Selon le ministère, la version des évaluations nationales mise en ligne le 2 septembre sur un site académique, que le Café a diffusée, n’est pas la version définitive. Elle comporte encore quelques erreurs notamment dans l’encodage et la présentation. La version définitive devrait être disponible en début de semaine.

Des évaluations anxiogènes
Mais qu’en pensent les enseignants ? Catherine Da Silva, directrice de l’école Taos Amrouche de Saint-Denis (93), juge les évaluations "anxiogènes car complexes". Elle craint que beaucoup d’élèves de cette école en Rep+ soient en échec. A Saint Denis, comme ailleurs, les enseignants n’avaient pas attendu ces évaluations. "L’année dernière on a fait passer des évaluations réalisées par les enseignants mais c’était au fil de l’eau avec des exercices aérés. Tout le contraire des batteries d’exercices de ces évaluations", nous dit-elle.

En français, "l’évaluation induit ce qu’on attend des enseignants : il n’y a que des exercices sur la grapho-phonologie. On attend de nous de la syllabique. L’exercice de passage de la cursive à l’attachée est difficile. Le vocabulaire utilisé est difficile (écureuil, igloo...) Il n’y a qu’un seul exercice de compréhension mais il est difficile à comprendre pour les petits. D’une façon générale ca va être la galère pour faire comprendre aux élèves ce qu’on attend d’eux".

En maths là aussi il y a de problèmes de vocabulaire et de mise en page. "On va mettre en difficulté même les élèves qui savent".

Quel impact sur la maternelle ?

Mais la plus grande crainte c’est que ces évaluations inspirent les professeurs de maternelle. "On était sorti des feuilles d’exercices dans les cahiers de vie. Il y a des chances qu’elles reviennent".

Pour C Da Silva, ces nouvelles évaluations montrent que "l’on peut changer les habitudes des enseignants sans changer les programmes. L’évaluation va impacter leur façon de travailler et remettre en question le travail fait en maternelle".

Savoir ce que savent les bons élèves
Directrice de l’école rue d’Oran, Véronique Bavière a un regard plus positif sur les évaluations. Pourtant là aussi les enseignants ont regretté les évaluations qu’ils avaient mises au point. "En français il n’y a pratiquement rien sur la compréhension, qui est pourtant un problème. Tout est axé sur le code. Globalement les évaluations vont permettre de savoir ce que savent les bons élèves. Ca évitera de ne pas leur faire refaire des choses qu’ils connaissent. Il faudra essayer de comprendre pourquoi les autres n’ont pas réussi".

Pour elle, ces évaluations "de bon niveau", vont permettre "de voir de quoi les élèves sont capables" et éviter "de travailler en dessous du niveau des élèves". V Bavière relève la difficulté à se repérer dans les exercices et leur longueur.

En français, l’évaluation devrait permettre d’éviter des malentendus sur certains mots que l’on pourrait penser acquis.

La mise en page était souvent relevée comme trop dense dans les réactions d’enseignants sur Twitter. "Chez nous ils vont répondre au pif", dit une enseignante.

A coté de la plaque en français
" Si une des fonctions de l’évaluation est d’être un outil permettant aux enseignants d’adapter les réponses pédagogiques pour aider les élèves à progresser, y compris en maternelle avec le carnet de suivi des apprentissages, la finalité des évaluations présentées ici est ambiguë. En quoi peuvent-elles aider les élèves et leurs enseignants ? Serviront-elles à classer les écoles ? ", interroge le Snuipp dans un communiqué.

"Placées durant le premier mois du cours préparatoire, ces évaluations risquent fort d’aboutir à un jugement hâtif sur les élèves et d’être fortement anxiogènes pour eux et leurs parents. De même elles risquent d’exercer une forte pression sur l’école maternelle", estime le syndicat.

Le Snuipp relève l’écart entre ces évaluations " centrées sur la correspondance entre la lettre et le son (la grapho-phonologie)" et le fait que les difficultés des élèves soient "dans les tâches les plus complexes, comme la compréhension des textes et leur interprétation".

Un droit d’adaptation
"En proposant d’évaluer le déchiffrage et le repérage de lettres ou de syllabes, le ministère réduit la lecture au simple décodage et peut enfermer les enseignants dans des pratiques tournées vers cette seule approche, tournant le dos aux objectifs d’égalité devant l’entrée dans la culture écrite. De plus, le repérage des difficultés de certains élèves pour réussir l’apprentissage de la lecture n’est pas ce qui pose problème aux enseignants. Ce sont bien les solutions pour les surmonter qui manquent et sur ce point le ministère n’apporte aucune réponse".

Le Snuipp demande au ministère "que les enseignants puissent adapter (ces évaluations) au contexte de la classe et s’en emparer s’ils le jugent utile. C’est la condition pour qu’elles deviennent ainsi un outil pour les enseignants de l’école au service des apprentissages".



Le Café Pédagogique
Lundi 4 septembre 2017 - François Jarraud

La rentrée des CP dédoublés
Que pensent les professeurs des écoles des CP dédoublés ? Et comment ça se passe ? Si globalement la rentrée se passe bien, le dédoublement des CP pose des questions aux communautés éducatives. Leur arrivée bouleverse l’organisation des établissements. Et la nouvelle taille des classes ne convainc pas toujours les enseignants... Pour la rentrée des enseignants, le Café pédagogique a rencontré des professeurs de deux écoles Rep+ à Paris et Saint-Denis (93).

"Ma meilleure rentrée"
"C’est ma meilleure rentrée", nous dit Véronique Bavière, directrice de l’école Rep+ de la rue d’Oran à Paris. Malgré une baisse d’effectifs (une vingtaine d’élèves), l’école garde 9 professeurs et tous ses intervenants. La vie quotidienne de l’école s’en ressent : c’est moins de tracas pour surveiller les récréations ou la cantine, moins de cahiers... A Paris, l’école peut compter sur les 3 professeurs de la ville de Paris qui prennent en charge l’EPS, sur un Rased complet et sur les dispositifs académiques comme les ateliers ALEM (lecture maths) ou l’accompagnement éducatif. Mieux :l’école a réussi à garder son "maitre +" (du dispositif "plus de maitres que de classes") en plus des CP dédoublés.

Du coup, ce 1er septembre, on oublie qu’il a fallu tout réorganiser e catastrophe juste avant les vacances. Les enseignants sont réunis pour préparer la rentrée. A la différence d’un établissement secondaire où ils écouteraient le chef d’établissement, dans cette école les maîtres sont réunis autour d’une table pour parler de problèmes très concrets.

La loi et l’ordre
Il est question de déplacements, des toilettes, de ballons et de foot mais aussi de la façon d’éviter les problèmes. Par exemple, longue discussion sur ce qu’on autorise ou pas dans la cour de récréation. On est en Rep+ et il y a deux jeunes remplaçantes et la plupart des enseignants n’ont que deux ou trois années d’expérience. Alors on échange sur les cas rencontrés l’année dernière et pour lesquels on cherche des solutions. Il faut affranchir une nouvelle enseignante sur ce qu’est l’autorité et comment se faire obéir dans cette école.

L’école suit les préceptes Freinet et ici la loi s’applique. Il y a celle de l’école qui tient en trois articles (pas de violences aux biens et aux personnes). Le reste est réglé par les conseils d’élèves dans chaque classe. Mais il y a aussi les astuces des instits pour prévenir les problèmes. ...

L’école a installé il y a déjà des années des "ARR" (ateliers de réflexion et réparation) où sont convoqués les élèves qui posent problème. On y suit de près le petit groupe des incorrigibles pour travailler avec eux l’expression des émotions et pour les connaitre. C’est le quartier, la vie misérable qui déborde sur l’école. Et c’est ce travail personnel qui permet de faire fonctionner les classes.

L’inquiétude devant les groupes de 12
Guillaume, Valérie et Eric (les prénoms ont été changés NDLR) ont en charge les 3 Cp de l’école, deux CP à 12 et un CP/CM2. Guillaume et Valérie ont déjà 5 ans d’expérience. Eric est T2 (en 2de année d’enseignement).

Valérie et Guillaume sont dubitatifs sur l’intérêt de Cp à 12. ""J’ai eu une année une classe à 14 élèves et ce n’est pas un bon souvenir", dit Valérie. "La classe manquait de dynamisme et les élèves tombaient dans l’assistanat. Sans la maitresse ils ne faisaient rien". Compte tenu des déménagements dans le quartier, ils craignent de tomber à moins de 10 en fin d ’année. "De toutes façons être à 12 élèves ne résout pas les problèmes que l’on rencontre qui viennent de situations sur lesquelles on n’a pas eu de formation comme les différences culturelles".

Justement Guillaume mise sur la formation. "Quand j’étais à l’IUFM on visitait peu de classes. Je manque de référents. Cette année on va avoir des formations (deux journées sont déjà prévues en septembre). Si les élèves progressent ce sera grâce à elles, pas à cause du dédoublement".

Les enseignants ressentent déjà la pression en faveur de la méthode syllabique. "On nous a demandé quelle méthode on utilise et vaguement recommandé une méthode syllabique", explique un enseignant.

Des évaluations jugées inutiles
Le conseil de maîtres se penche aussi sur les nouvelles évaluations de CP. "On ne va plus pouvoir utiliser nos outils", remarque une enseignante. "Que va-t-on dire aux parents avec des évaluations diagnostiques menées en début d’année", interroge une autre. "On risque de coller une étiquette aux enfants qui arrivent à l’école. Et avec elle on est sur qu’ils auront 10 fois moins de chance d’apprendre à lire". "Je sens que ces évaluations nationales nous plombent", dit un maitre. Globalement ces évaluations, que les enseignants n’ont aps encore vues, ont jugées inutiles et néfastes.

C’est la fin de l’après midi et les enseignants s’interrogent sur le devenir du PPCR, un tout autre sujet...

Ce n’est pas au programme de la journée , mais les enseignants viennent de démontrer la vanité de changer la gouvernance des écoles. C’est bien parce que la directrice n’est pas leur supérieure hiérarchique que la rentrée est préparée dans le détail. Le groupe échange sur ses problèmes réels. Une enseignante note les solutions dégagées. Et on se rappelle des lois précédentes définies par les maitres ou en conseil d’élèves. L’absence de supérieur hiérarchique n’a pas empêché l’école de s’adapter dans l’urgence, en fait lors de la dernière semaine d’école, à la situation nouvelle crée par les CP dédoublés. Cette école où les enseignants réfléchissent ensemble utilise pleinement son autonomie.

Ici, les enseignants prennent en charge les difficultés à la fois ensemble et chacun en adulte responsable. Ils n’attendent pas du chef qu’il les trouve pour eux. Et voir des enseignants réfléchir ensemble aux réalités de leur métier et aux valeurs qu’ils veulent y mettre, quel beau spectacle !

A Saint-Denis le choix du CP à 18

"On a du réfléchir à comment on allait mettre cela en place dans notre école". Dressée dans un quartier en pleine transformation, la nouvelle école Taos Amrouche de Saint-Denis (93) compte 6 classes dans des bâtiments neufs. Catherine Da Silva, la directrice, est aussi une responsable locale du Snuipp.

Là aussi l’annonce très tardive des dédoublements a obligé à revoir la structure de l’école. Et ça c’est fait en conseil des maîtres.

Finalement l’école a choisi de réunir en une seule classe les 18 élèves de CP et de les confier à deux maitresses. L’école a 5 autres classes :une Ce1/Ce2, une Ce1/Cm2, un Cm2, un Cm1 et un Ce2. En dehors du CPP, les autres classes ont 21 à 22 élèves. Un nombre susceptible d’augmenter en cours d’années avec les livraisons des immeubles qui entourent l’école.

"J’ai eu une classe de CP à 24, c’était trop dur. J’ai gardé un excellent souvenir d’un CP à 18", se souvient C Da Silva. "On a jugé que deux classes de 9 ce n’était pas un bon choix car elle aurait manqué de dynamisme. Les professeurs se seraient épuisés à faire comprendre des choses sas interactions suffisantes".

Un moyen de fédérer les enseignants
Alors le choix a été fait d’avoir un CP à 18 avec deux enseignantes, en prévoyant qu’une des deux pourrait intervenir en Ce1-Cm2 ou Ce1/Ce2. "Ca libèrera l’enseignant de ces classes qui pourra travailler avec un seul niveau pendant que la collègue prendra en charge l’autre niveau".

"Finalement avec ces emplois du temps lourds à mettre en place on a fédéré les collègues. On a réfléchi et construit ensemble. Et la proposition qui nous était faite a été une émulation intéressante pour l’équipe", explique C Da Silva.

"On a réfléchi beaucoup à l’enseignement de la lecture, notamment utiliser les mêmes mots pour échanger sur les élèves. Les enseignants ont imaginé un cahier commun en lecture qui va suivre l’élève du Cp au CM2.

Le lien est fait aussi avec l’école maternelle, abritée dans le même batiment. "On a prévu une "boite de transmission" pour chaque élève. Elle sera remise par les maitresses de grande section de maternelle le jour de la rentrée en CP. On reconnait ainsi le travail fait en GS et on s’appuie dessus".

Inquiétude sur l’évaluation
Là aussi on s’inquiète de la nouvelle évaluation de CP. Notamment sur la façon d’annoncer aux parents que leur enfant est en échec dès l’entrée en CP. Les enseignants avaient développé leurs propres évaluations avec les maitresses de maternelle. "Ca change beaucoup la philosophie de l’école cette évaluation. Ca me parait compliqué de faire coexister la culture de la bienveillance avec l’évaluation nationale".

Ici aussi l’école s’empare pleinement de son autonomie pour ajuster son fonctionnement à la réalité de ses élèves. Celle ci s’appliquera aussi à l’évaluation Blanquer. A Saint-Denis en Rep+, pour faire réussir les élèves il faut aussi garder la confiance des parents.



EUROPE 1 - mercredi 30 août 2017

Dédoubler les classes de CP à la rentrée : "Ça a été fait trop vite, trop tard"

06h44, le 30 août 2017, modifié à 07h05, le 30 août 2017

Voir la vidéo sur Dailymotion

Catherine Da Silva, syndicaliste et directrice d’école élémentaire à Saint-Denis a déploré, mercredi sur Europe 1, que le dédoublement des classes de CP dans les zones d’éducation prioritaire ait été fait sans concertation avec les enseignants.

INTERVIEW
"On ne peut être que d’accord sur la baisse des effectifs des élèves par classe, il est dommage qu’on ne le fasse que sur les classes de CP et à moyens constants sans permettre de recruter d’autres enseignants, de prendre le temps de réfléchir à la façon de le faire." Mercredi, sur Europe 1, Catherine Da Silva, représentante du SNUipp-FSU 93, et directrice d’école élémentaire à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, s’est dit inquiète de la réforme imaginée par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer et qui prévoit de dédoubler les classes de CP dans les écoles du réseau d’éducation prioritaire renforcé, les REP +. Dès cette rentrée, elle doit s’appliquer dans 2.200 classes.

La mise à mal du dispositif "plus de maîtres que de classes". Mais pour permettre aux classes de CP de REP + de se dédoubler, le ministre a dû "récupérer" des enseignants ailleurs et notamment dans le dispositif "plus de maîtres que de classes", qui permet depuis 2013 l’intervention de deux instituteurs dans une même classe. "On nous a pris cet enseignant en plus dans les REP et on a aussi piocher dans les effectifs des remplaçants", regrette-t-elle. "Cette réforme a été annoncée au mois de juin, cela s’est fait trop tard, trop vite", ajoute encore la syndicaliste. "Le tout sans même nous concerter".

L’école concernée par la baisse des contrats aidés. Catherine Da Silva regrette encore que le gouvernement ait décidé de réduire le nombre de contrats aidés en 2017 puis en 2018. Ce dispositif aidé financièrement par l’Etat permet l’embauche de personnes éloignées de l’emploi. "Dans notre école, on en a deux en maternelle. Ils permettaient aux enfants porteurs de handicap d’être accompagnés comme les autres. Donc c’est ça que l’on met à mal, la scolarité des enfants porteurs de handicap", souligne la syndicaliste qui assure qu’il est possible de réformer l’école autrement : "Cela doit se faire avec les enseignants, en leur faisant confiance. Ça serait sympa de ne pas nous prendre pour des imbéciles tout le temps".

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